Les mœurs de Dominique Strauss-Kahn sous la loupe de la justice

France L’ancien patron du FMI est poursuivi pour «proxénétisme»

Les magistrats du Tribunal correctionnel de Lille devront d’abord, ce lundi, répondre à une première question: le procès pour «proxénétisme aggravé», «escroquerie», «recel d’escroquerie» et «abus de confiance» intenté contre Dominique Strauss-Kahn et 13 autres prévenus doit-il se dérouler à huis clos, comme l’ont demandé vendredi les avocats des deux ex-prostituées qui se sont constituées parties civiles?

Peu probable selon les experts, car cette procédure est d’ordinaire réservée aux accusés mineurs. Mais si tel était le cas, l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) n’y trouverait sans doute rien à redire, tant le «grand déballage» attendu durant les dix-sept jours de dépositions et de plaidoiries promet d’être rude.

Sur le papier, Dominique Strauss-Kahn dispose pourtant d’un dossier favorable. Si l’existence d’un système mis en place par son entourage dans les années 2007-2011 pour satisfaire ses besoins sexuels et le fournir en «candidates» ne fait aucun doute, et si l’intéressé ne sort pas grandi de ses pratiques libertines excessives, l’accusation de «proxénétisme» – passible de 10 ans d’emprisonnement et de 1,5 million d’euros d’amende – est en revanche beaucoup plus ténue.

Dominique Strauss-Kahn a toujours soutenu ignorer que les compagnes apportées par les autres prévenus – tels que René Kofjer, chargé de la communication de l’hôtel Carlton à Lille, Dominique Alderweireld (dit «Dodo la Saumure»), tenancier de maisons closes en Belgique voisine, Fabrice Paskowski et David Roquet, cadres d’entreprise pressés de gagner ses faveurs, ou Jean-Christophe Lagarde, ex-commissaire divisionnaire – étaient rémunérées, et que ce réseau «libertin» avait pour but de le satisfaire. Or, en droit français, le délit de proxénétisme suppose que l’accusé sait que les femmes dont il profite ou favorise l’activité se prostituent. Le proxénétisme est «aggravé» lorsque les faits impliquent plusieurs personnes, auteurs ou complices.

Non-lieu du parquet

Preuve des difficultés de l’accusation: le parquet de Lille avait d’ailleurs prôné un non-lieu pour DSK, alors que les deux magistrats instructeurs, Stéphanie Ausbart et Matthieu Vignau, ont, eux, choisi de le renvoyer devant la justice dans une ordonnance de plus de 200 pages, se basant sur les témoignages accablants des prostituées.

Autre rappel important: l’ancien ministre des Finances (1997-1999), puis patron du FMI (2007-2011), a jusque-là toujours échappé aux poursuites contre lui. A commencer par celles intentées par le procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr, contraint d’abandonner ses accusations de viol après l’affaire du Sofitel de New York, le 14 mai 2011, et de la plainte déposée par la femme de chambre Nafissatou Diallo. Le procureur avait dû reconnaître, en janvier 2012, «ne pas être sur» de ce qui s’était réellement passé dans la suite 2806, ouvrant la voie au retour de DSK en France, après que celui-ci eut accepté de payer un million et demi de dollars. Le politicien français avait également été relaxé dans les affaires précédentes des emplois fictifs de la MNEF en 2001, puis à nouveau – pour cause de prescription des faits cette fois – à la suite de la plainte pour agression sexuelle de Tristane Banon, en 2012.

Les autres prévenus sont accusés d’avoir abusé leurs entreprises, ou de leurs positions. Le procès pourrait permettre d’en savoir plus, aussi, sur ce que les autorités françaises savaient des frasques de DSK, dont beaucoup de proches croient toujours qu’il s’est fait piéger par celui qu’il s’apprêtait à défier en 2012: l’ancien président Nicolas Sarkozy.