Afrique

L’image du continent, usurpée?

> Cinquante ans d’indépendance

En 1962, René Dumont écrit L’Afrique noire est mal partie. En 2003, Stephen Smith publie Négrologie: pourquoi l’Afrique meurt, qui énumère, lui aussi, les maux du continent qui serait dévasté par des guerres d’écorcheurs, en retard sur tous les plans, vivoterait entre crise, corruption, tribalisme et anarchie. Ce discours, pas nouveau, est même tellement connu qu’il y a un mot pour le décrire: afropessimisme. Deux ans plus tard, trois auteurs se réunissent pour répondre à Stephen Smith. Négrophobie dénonce un discours racialiste, simplificateur, ressuscitant les pires clichés coloniaux mais il fait couler beaucoup moins d’encre. Les Africains ont beau crier leurs blessures, le «continent du silence» n’est guère écouté. L’image du continent noir en Europe serait-elle usurpée?

Les avis africains sont partagés. Totalement, répondait Joseph Ki-Zerbo, historien burkinabé. Personne ne connaît les histoires, les valeurs, les richesses, les diversités africaines. Pour Aminata Traoré, l’imaginaire des Africains est même violé tant le discours dominant les amène à se penser pauvres et à se comporter comme tels. L’ancienne ministre malienne de la culture penserait-elle à Axelle Kabou? La sociologue camerounaise a écrit en 1991 Et si l’Afrique refusait le développement? Les Africains sont traités de népotistes, tribaux, qui préfèrent se battre et voler plutôt que de développer. Comme quoi le courant afropessimiste existe aussi au sud du Sahara. Anne-Cécile Robert, journaliste du Monde diplomatique, réagit en 2004 dans L’Afrique au secours de l’Occident: et si le prétendu retard africain n’était pas l’expression d’une formidable résistance culturelle à un modèle économique dévastateur?

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