«Le recours aux armes nous a été nuisible et il doit cesser.» Interviewé mercredi par le quotidien londonien en langue arabe Asharq al-Awssat, le leader provisoire de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a réitéré sa condamnation de l'Intifada armée qui devrait, selon lui, être remplacée par des «actions sociales et civiles». Ce faisant, il a déclenché la colère du Hamas, du Djihad islamique, et des dissidents du Fatah qui l'ont accusé de «défaitisme». «De telles déclarations vont à l'encontre du consensus sur la légitimité de la résistance en vigueur au sein du peuple palestinien», a notamment déclaré le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri. Quant à Mohamad al-Hindi (l'un des dirigeants du Djihad islamique de la bande de Gaza), il a appelé les sympathisants de son organisation à «garder leurs armes et à renforcer leurs opérations contre l'occupation».

En revanche, à Jérusalem, l'entourage d'Ariel Sharon, qui accusait depuis plusieurs jours Mahmoud Abbas de «ne rien faire pour combattre sérieusement le terrorisme», s'est déclaré «agréablement surpris». Pour sa part, profitant d'une rencontre fort médiatisée avec Nicolas Sarkozy, le président de l'Etat hébreu, Moshé Katzav, a estimé que le leader palestinien «fait preuve d'un grand sens des responsabilités ainsi que d'un souci de défendre les intérêts de son peuple».

La thèse défendue par Abbas n'est pas nouvelle puisque ce dernier avait déjà plaidé l'arrêt de l'Intifada armée en septembre 2002. A l'époque, sa prise de position lui avait d'ailleurs valu d'être pris en grippe par Yasser Arafat et menacé de mort par les plus extrémistes des «Tanzim» (les miliciens armés du Fatah).

Deux ans plus tard, la situation est évidemment différente puisqu'Arafat n'est plus là et que le nombre d'attaques palestiniennes contre les colonies juives des territoires a diminué de 70%. Selon un sondage effectué au début du mois par le très sérieux Jerusalem Media and Communication Center (JMCC), 52% des Palestiniens se prononcent d'ailleurs en faveur de l'arrêt des attentats-suicides à l'intérieur de l'Etat hébreu et plus de 60% soutiennent le projet d'Abbas de reprendre des négociations avec Israël.

Recul du Hamas

Considéré comme le probable vainqueur de l'élection présidentielle palestinienne du 9 janvier prochain depuis l'annonce du désistement de Marwan Barghouti, Mahmoud Abbas semble avoir réussi la gageure de s'imposer dans l'opinion palestinienne, a priori hostile, sans mener de véritable campagne (il a passé la plus grande partie de ces deux dernières semaines à rencontrer les dirigeants des pays arabes de la région) et en évitant les déclarations démagogiques. Fort peu médiatique, il a au contraire multiplié les appels à l'arrêt des violences, au désarmement des milices autonomes ainsi qu'à l'arrêt de la propagande anti-israélienne dans les médias palestiniens. Résultat? Son image de futur raïs n'a cessé de se renforcer.

Paradoxalement, c'est dans la bande de Gaza (le bastion traditionnel des islamistes) que l'image de Mahmoud Abbas est aujourd'hui la meilleure. Cinq études d'opinion effectuées durant quinze jours dans les Territoires montrent en effet que le soutien de l'opinion palestinienne au Hamas a diminué (-5%) alors que l'aura du Fatah, qui s'était fortement dégradée dans les derniers mois de la vie d'Arafat, a effectué un bond de 24% depuis qu'Abbas en est devenu le candidat officiel. Ces chiffres sont également de bon augure pour la première phase des élections municipales palestiniennes, qui se dérouleront le 23 décembre dans six villes et cent villages des territoires. Car s'il est encore trop tôt pour envisager l'existence d'un «phénomène Abbas», il est en tout cas certain qu'un nombre grandissant de Palestiniens se montre sensible à ses appels à la modération ainsi qu'à la convocation d'une conférence internationale susceptible d'aider au règlement du problème des réfugiés de 1948 (création d'Israël) et de 1967 (guerre des Six-Jours).