Hexagone Express

Les limites de la «bienveillance» de Macron

Le nouveau président français a fait de la «bienveillance» un argument central de son discours politique. Son objectif? Refuser la logique de l’affrontement permanent et du dénigrement. Une approche partagée par sa nouvelle recrue gouvernementale Nicolas Hulot

Pour illustrer la nouvelle approche politique d’Emmanuel Macron, un mot mérite d’être étudié et suivi de près: la «bienveillance». A plusieurs reprises au fil de sa campagne, y compris dans ses discours de victoire, le nouveau président français l’a employé, ajoutant le geste à la parole, mains jointes en forme de prière ou invitation à garder le calme adressée à son public. Son idée? Apparaître comme un homme politique différent, hostile aux règlements de comptes politiciens. Même vis-à-vis de Marine Le Pen, qui pourtant l’a toujours enseveli sous les attaques lors de leur débat télévisé du 3 mai, le vainqueur de la présidentielle a choisi cette ligne de défense. Une attitude liée aussi à son parcours: jamais élu, pas sculpté à l’aune des combats partisans, Emmanuel Macron joue depuis son annonce de candidature dans le registre de la réconciliation et du rassemblement, beaucoup plus en phase selon lui avec la dépolitisation des jeunes générations.

Hulot et Macron, même partition

Cette «bienveillance» est évidemment une posture. Difficile de croire que l’homme qui a tué politiquement François Hollande après l’avoir servi comme conseiller, puis comme ministre, a ce souci de ne pas heurter chevillé au corps. Difficile, également, de ne pas penser que cette «bienveillance» annoncée va vite se pulvériser sur les inévitables écueils de l’exercice du pouvoir présidentiel. Emmanuel Macron, il ne faut jamais l’oublier, n’avait rien à perdre lorsqu’il s’est lancé dans la bataille pour l’Elysée. Il n’avait donc rien à protéger, sinon sa réputation. Il n’avait, en plus, quasiment pas de passif politique. La plupart des critiques acerbes portées contre lui ont d’ailleurs visé son passé de banquier chez Rothschild. Etre «bienveillant» vis-à-vis de ses adversaires voulait aussi dire «Nous ne sommes pas du même monde. Je n’ai aucune raison de vous faire la guerre.» De quoi séduire une partie de l’électorat lassée des joutes vaines entre élus, et désireuse de voir les bonnes idées s’imposer au détriment des agendas des partis.

Le plus intéressant, dans cette offensive «bienveillante», est l’arrivée au gouvernement de Nicolas Hulot. L’ancienne vedette de la télévision, activiste écologique de premier plan respecté à l’international, fonctionne aussi de cette façon-là. Hulot n’est pas un Vert agressif. Il s’est toujours montré résolu, mais pondéré. Il a su travailler avec tout le monde: Sarkozy d’abord, puis Hollande. Sa communication est verrouillée. Ses seules colères publiques ont porté sur son mouvement politique, les Verts, qui lui préférèrent la juge Eva Joly comme candidate à la présidentielle en 2012. Bingo! Hulot et Macron vont désormais jouer la même partition. A eux, le monopole des bonnes intentions. A leurs adversaires, celui de la colère et de la «malveillance». Le tout aidé par des médias audiovisuels français complaisants qui ne vont pas se faire prier pour mettre en scène l’action de ces deux personnalités charismatiques.

Interrogation sur le plan international

Dans les faits, cette stratégie peut s’avérer habile. Nicolas Hulot, par exemple, a bien su calmer l’hostilité des pays opposés à l’accord sur le climat signé lors de la COP21, en donnant la parole à tout le monde, et en s’efforçant de ne pas caricaturer l’attitude des «anti». Sa capacité de séduction personnelle, ses incessants déplacements sur le terrain, ses liens avec le monde associatif et la société civile lui ont permis de déminer les dossiers les plus explosifs, au service d’une victoire pour tous, puisqu’il s’agissait de sauver la planète. Vous avez compris le parallèle: dès lors que l’action d’Emmanuel Macron est bonne pour la France…

Pour le président français, cette séquence «bienveillante» s’accompagne par contre d’un énorme point d’interrogation sur le plan international. Sera-t-il possible, pour Emmanuel Macron, de se montrer cordial, inoffensif, charmeur avec Donald Trump ou avec les conservateurs britanniques pro-Brexit? Peut-on être le chef des armées – il visitera les troupes stationnées au Mali dès ce week-end – et ne pas avoir un langage martial, en assumant une indispensable dureté? Telle est la limite de l’exercice. Pour sauver le climat, et donc la planète, la promotion des «bons comportements citoyens» fonctionne. Pour défendre l’Union européenne menacée par les populismes, ou pour obtenir des pays membres de l’UE qu’ils travaillent ensemble pour résoudre la crise des migrants, la «bienveillance» ne suffira pas. S’il peut jouer ce personnage sur la scène intérieure, Emmanuel Macron a d’urgence besoin d’une autre approche pour être, vis-à-vis de l’étranger, perçu comme un président fort.

Dossier
La France en campagne

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