Annoncé à Nice samedi, l'universitaire belgo-palestinien Montasser Alde'emeh n'a pas pu se déplacer. Il est en sûreté, placé sous haute protection dans le cadre de l'état d'urgence en vigueur en Belgique. Abdelhamid Abaaoud alias Abou Omar Al-Belgiki, tué mercredi à Saint-Denis, l'avait en effet condamné à mort. Montasser Alde'emeh a fondé à Maline un centre de déradicalisation et de la connaissance. Il vient de publier un ouvrage* qui raconte son infiltration en juillet 2014 auprès d'un groupe de jeunes djihadistes européens à Alep afin de comprendre leurs motivations. Le Temps publie des passages d'un texte qu'il a rédigé vendredi dernier, en accord avec maison d'édition.

«Les attentats du 13 novembre sont pour moi un moment charnière. Les jeunes qui étaient partis en Syrie avant ces attentats et qui ont l'intention de revenir et ne sont pas poursuivis en justice par les Etats sont toujours les bienvenus. Mais je ne veux plus aider et accompagner les jeunes musulmans qui veulent partir malgré les atrocités commises à Paris ou qui reviendraient plus tard. Pourquoi? Parce qu'il y a des limites à l'empathie humaine. Ces jeunes ont eu assez de temps pour étudier et comprendre la violence de l'Etat islamique (EI), le contexte géopolitique et la situation en Syrie et en Irak. Ils ont eu assez de temps pour entendre les histoires de djihadistes qui sont rentrés. Ils ont assez vu de quoi l'EI est capable et comment il excommunie, accuse d'hérésie et massacre les autres sunnites. Ils ont vu des citoyens parfaitement innocents se faire abattre de sang-froid à Paris. Les jeunes musulmans qui partent encore maintenant en Syrie font un choix très conscient. S'ils décident de rejoindre l'EI dans l'idée que la Belgique est en guerre avec l'EI et s'ils considèrent ces atrocités comme accessoires, alors je trouve qu'ils n'ont qu'à rester en Syrie. S'ils reviennent, les risques de les voir planifier une mission meurtrière grandissent de jour en jour. Sur ce point, notre pays continue à sous-estimer gravement le danger d'attentats.»

« Pourquoi nous sommes tous des Djihadistes ». Éditions Jourdan-La Boîte à Pandore 2015.