Dans sa stratégie assumée de séduction des électeurs du Front national (FN), sans le vote desquels tout espoir de victoire le 6 mai est vain, Nicolas Sarkozy ne laisse passer aucune occasion de ressasser les thématiques chères à Marine Le Pen. Communautarisme, islamisme radical, immigration, autant de sujets que l’affaire Merah en mars a exaltés dans les discours de campagne à la droite de l’échiquier politique.

Il y a deux jours, dans un entretien à la presse régionale française, le président-candidat dressait l’inventaire des mesures qu’il se proposait de mettre en œuvre en matière d’immigration: «La première, diviser par deux le nombre d’étrangers que nous accueillons.» Officiellement, 200 000 personnes entrent chaque année sur le territoire hexagonal, pour un solde net de 75 000. Pour réduire le flux, il faudra mettre «fin au regroupement familial automatique», poursuivait Nicolas Sarkozy en élargissant le registre à «l’Europe passoire», à «l’immigration dont le seul but serait de bénéficier de prestations sociales toujours plus généreuses», en amalgamant ces questions avec celles de la burqa, des horaires différenciés dans les piscines et des menus dans les cantines.

Radicalisation du discours présidentiel? Pas vraiment, estime en substance Sylvain Crépon, sociologue et spécialiste de l’extrême droite. Nicolas Sarkozy n’a jamais hésité à empoigner ces thématiques depuis son arrivée au Ministère de l’intérieur en 2002. «Elles étaient très présentes dans la campagne en 2007. Mais à l’époque, il n’avait pas besoin de draguer de manière aussi explicite l’électorat frontiste. Le Pen n’avait fait que 10% au premier tour.»

«Identité nationale»

Pour relancer une campagne qui s’essoufflait, il n’en avait pas moins crispé le débat en annonçant, à un mois du scrutin, la création d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Depuis cette époque, entre le discours de Grenoble de l’été 2010, qui marque un durcissement net sur l’immigration, ou le débat sur les défaillances de l’espace Schengen, ouvert par la France au printemps 2011 alors qu’affluaient des Tunisiens en Europe, «il n’a cessé d’aller dans le sens du FN. A force, l’espace est devenu de plus en plus mince», relève le sociologue.

Si elles ont convergé, les prescriptions du candidat UMP restent en deçà de celles de Marine Le Pen, qui prône la réduction de 95% du nombre d’immigrants en cinq ans, quand elle ne parle pas d’inversion des flux migratoires, l’arrêt du regroupement familial ou la fin pure et simple du droit du sol. «Il reste une ligne de démarcation que les annonces de Nicolas Sarkozy ne franchissent pas par rapport au FN, celle qui consisterait à dénoncer les Conventions internationales, telle celle de Genève sur les réfugiés», relève Claire Rodier, spécialiste des politiques migratoires.

«La question du regroupement familial est typique de la manière dont ces thèmes sont usés à des fins de communication. Il n’y a jamais eu, en France, de regroupement familial automatique», note sa consœur Violaine Carrère, chargée d’étude au Groupe d’information et de soutien aux immigrés. «Il est conditionné à toute une série de critères, qui ont été durcis sous Sarkozy. Les deux principaux sont des conditions de ressources et de logement.» D’après cette spécialiste, à l’opposé de Nicolas Sarkozy, «François Hollande s’est soigneusement attaché à dire très peu de choses dans ces domaines, à part la promesse du droit de vote aux étrangers, dont les conditions ne sont pas déterminées.» Une mesure vitupérée par Nicolas Sarkozy au motif qu’elle favoriserait le «communautarisme».