Au cours d’une rapide audience vendredi matin, le Tribunal correctionnel de Rishon-le-Tzion (grande banlieue de Tel-Aviv) a prolongé de quatre jours le mandat d’arrêt du député arabe israélien Basel Ghattas. Quelques jours auparavant, ce chrétien de Galilée connu pour visiter les prisons «à des fins humanitaires» et y rencontrer les détenus palestiniens condamnés pour terrorisme avait en effet été filmé par la police alors qu’il remettait 12 téléphones portables ainsi que des messages cryptés à deux membres du Fatah détenus pour l’assassinat d’un Israélien.

En effet, en raison de son immunité parlementaire, l’élu n’était pas soumis à la fouille. En outre, il pouvait rencontrer ses protégés en cellule, contrairement aux avocats et aux membres de la famille. Au terme d’une procédure expresse, la Knesset a donc levé l’immunité du parlementaire, qui a aussitôt été convoqué à la police pour y être interrogé et placé sous mandat d’arrêt.

«Je défends mon peuple»

Avant de se rendre au siège de l’Unité 433, l’équivalent israélien du FBI qui traite son dossier, Basel Ghattas a diffusé une déclaration filmée dans laquelle il réfute les accusations d’«atteinte à la sûreté de l’Etat» et de «complicité de terrorisme» portées contre lui. «Je défends ma terre et mon peuple, je n’ai rien à me reprocher car c’est une procédure purement politique», s’est-il justifié.

Une ligne que défendent mezzo voce ses homologues de la Liste arabe unie (12 élus à la Knesset). En privé, la plupart d’entre eux reconnaissent en effet que cette affaire les gêne puisqu’elle alimente le ressentiment anti-arabe de la majorité juive de l’Etat hébreu. Au cours d’une réunion du groupe parlementaire organisée d’urgence jeudi soir, plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs demandé à Basel Ghattas de démissionner «pour mieux se défendre», mais ce dernier a refusé.

Pain bénit pour la droite et l’extrême droite

«C’est la première fois qu’éclate un pareil scandale depuis la création d’Israël en 1948, explique le chroniqueur politique Yoav Krakovsky. Puisqu’il reste député et que personne ne peut l’empêcher d’effectuer son travail de parlementaire, Basel Ghattas se rendra donc aux séances de la Knesset en fourgon cellulaire, menotté, et accompagné de gardiens armés. En revanche, il n’aura pas accès à son bureau placé sous scellés.»

Du pain bénit pour les partis de droite et d’extrême droite soutenant le premier ministre Benyamin Netanyahou, qui jettent l’opprobre sur la minorité arabe d’Israël (20% de la population).

Considérés comme des «ennemis»

Porte-parole des colons, la formation Foyer juif dénonce ainsi le «manque de fiabilité» des élus arabes israéliens. Plusieurs députés du Likoud n’hésitent pas, eux, à présenter les Arabes israéliens en général comme une «cinquième colonne terroriste».
Cela, alors que les sondages effectués depuis 2012 constatent l’augmentation régulière de la méfiance des Israéliens juifs à l’égard de leurs concitoyens arabes. Le phénomène est particulièrement important chez les jeunes de moins de 25 ans dont 75% se déclarent favorables à la ségrégation et refusent le moindre contact avec ceux qu’ils considèrent comme des «ennemis». Les mêmes enquêtes montrent aussi que deux tiers des Israéliens sont opposés au fait que les membres de la minorité arabe puissent voter ou exercer des fonctions publiques et représentatives.

«Quels que soient les faits reprochés à Basel Ghattas, ses mésaventures réduisent à néant le travail des ONG qui tentent depuis des années de renforcer les liens entre la majorité juive et la minorité arabe d’Israël, explique le commentateur Ronen Frankel. Si cet élu a fait une connerie, sa communauté va en payer le prix avec lui.»