La victoire des démocrates et plus encore le renvoi de Donald Rumsfeld de la tête du Pentagone sont susceptibles de changer les rapports de force en Asie de l'Est, à commencer dans la crise nucléaire nord-coréenne. Contrairement aux «faucons» de l'administration Bush, les démocrates défendent une politique d'engagement et de dialogue direct avec le régime de Kim Jong-il, comme ce fut le cas à la fin de la présidence Clinton. Le démocrate Tom Lantos, qui pourrait devenir le nouveau président de la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants, parle d'une «approche respectueuse» avec Pyongyang en prenant le contre-pied de l'«Axe du mal» incluant la Corée du Nord cher à George Bush. Alors que les Etats-Unis étaient parvenus à unifier le front des sanctions contre Kim Jong-il suite à l'essai nucléaire d'octobre dernier, les Nord-Coréens vont sans doute jouer sur les divisions américaines pour faire une nouvelle fois monter les enchères lors de la reprise des négociations à six pays annoncées pour la fin de cette année.

Pour Pékin, le départ de Donald Rumsfeld est également une très bonne nouvelle puisqu'il était l'un des artisans d'une ligne dure pour contrer la «menace chinoise», en dénonçant à travers les rapports du Pentagone l'explosion du budget militaire chinois et son manque de transparence. Les démocrates devraient se montrer moins intransigeants même si la pression devrait monter sur la question des droits de l'homme.

A l'inverse, le Japon n'a jamais caché sa préférence pour l'option républicaine. «Le pire serait un désengagement des Etats-Unis en Asie dans un repli isolationniste après 2008, analyse Valérie Niquet, directrice de Centre Asie à l'Institut français des relations internationales (IFRI). Le Japon, dont la sécurité repose sur la puissance américaine, se sentirait abandonné et opterait pour une option beaucoup plus radicale en termes de défense.»