Crise

L’impasse politique plonge l’Allemagne dans l’incertitude

Les Libéraux du FDP ont mis fin aux négociations «Jamaïque» en Allemagne. La République Fédérale traverse depuis dimanche soir une crise politique inédite. Angela Merkel affaiblie, aura du mal à sortir de cette crise

Sept semaines après les élections, l’Allemagne est sous le choc depuis que les libéraux du FDP ont annoncé, dimanche vers minuit, la rupture des discussions préliminaires en vue de former le prochain gouvernement. «Il vaut mieux ne pas gouverner que mal gouverner», assure le patron du parti Christian Lindner, valise de dossiers et manteau à la main, avant de se diriger vers sa voiture. Angela Merkel, qui jouait là sa survie politique, est plus que jamais sous pression. Son Parti chrétien-démocrate (CDU) affaibli par le plus mauvais score de son histoire, a échoué à former avec les Libéraux et les Verts une coalition dite «Jamaïque», en référence aux couleurs politiques des différents partenaires potentiels.

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«Je regrette – avec tout le respect que je dois au FDP – que nous ne soyons pas parvenus à une solution commune. Nous pensons que nous étions sur la voie de trouver un accord» a brièvement commenté la chancelière, lisant une courte déclaration le visage fermé, une heure après le départ des Libéraux, peu après minuit. «Les Libéraux, affirme le vice-président des Verts Cem Özdemir, avaient décidé à l’avance de faire échouer les négociations.»

L’étonnant ballet de Christian Lindner et Martin Schulz

Le FDP, allié traditionnel des conservateurs allemands depuis les débuts de la République, avait obtenu le 24 septembre 10,7% des voix. Ce succès inespéré après une douloureuse traversée du désert – le parti avait été expulsé du Bundestag en 2013 – donnait aux Libéraux un rôle clé dans les négociations en vue de former le prochain gouvernement. De l’avis des observateurs, le parti n’aurait eu ni le personnel ni la solidité nécessaire pour exercer le pouvoir. Dès le soir du scrutin, le 24 septembre, le patron des Libéraux Christian Lindner et le chef des Sociaux-démocrates (SPD) Martin Schulz s’étaient livrés face aux caméras de télévision à un étonnant ballet, chacun exigeant de l’autre qu’il entame des négociations avec Angela Merkel, et revendiquant pour son camp le droit à quatre années de régénérescence sur les bancs de l’opposition.

Trois scénarios possibles

Dès lundi, Angela Merkel devait rencontrer le président de la République, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, pour tenter de trouver une stratégie de sortie de crise. En théorie, trois scénarios sont possibles. Angela Merkel pourrait tenter de persuader les sociaux-démocrates de négocier avec elle, en vue de poursuivre la Grande Coalition, à la tête de laquelle les deux partis ont gouverné le pays entre 2005 et 2009, puis entre 2013 et septembre dernier. C’est à la tête de ce gouvernement qu’elle devra continuer à expédier les affaires courantes, jusqu’à la fin de la crise. Elle peut compter sur cette voie sur le soutien de son ancien ministre des Affaires étrangères devenu président, Frank-Walter Steinmeier, qui devra jouer un rôle central dans les semaines à venir. Steinmeier redoute plus que tout la tenue de nouvelles élections, qui pourraient se traduire par une nouvelle poussée du parti d’extrême droite AfD.

La tenue de nouvelles élections – second scénario envisageable – ne sera possible qu’une fois constaté par le président l’impossibilité de faire élire un chancelier – ou une chancelière – par le Bundestag issu du scrutin du 24 septembre. De nouvelles élections pourraient signifier la fin politique d’Angela Merkel. Il est difficile d’imaginer la chancelière mener son parti vers un nouveau vote, après la débâcle de dimanche. De nouvelles élections auraient par ailleurs des conséquences dramatiques pour le camp conservateur, dans la mesure où Angela Merkel a jusqu’à présent tout fait pour éviter l’émergence, au sein de la CDU, d’une génération à même d’assurer sa succession.

Reste l’option d’un gouvernement minoritaire, exclue jusqu’à présent par la chancelière. «L’Allemagne, résume le magazine Der Spiegel, est en crise. Et personne ne sait quand et comment le pays se dotera d’un nouveau gouvernement.»

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