L’impasse thaïlandaise se déplace à Genève

Asie Des élues du parti majoritaire réclament le soutien de l’Union interparlementaire

Elles sont quatre, sur un sofa de l’Hôtel des Bergues à Genève. Face à ces élues thaïlandaises, l’avocat canadien Robert Amsterdam expose son plan pour obtenir la mobilisation des organisations de droits de l’homme et de l’Union interparlementaire (UIP) basées au bord du Léman. Objectif: faire condamner la Thaïlande après le «putsch judiciaire» constitué, selon lui, par la décision prise le 21 mars par la Cour constitutionnelle d’annuler les législatives du 2 février.

Bob Amsterdam, bretteur international connu pour avoir défendu l’ex-oligarque russe récemment libéré Mikhaïl Khodorkovski, n’est pas venu à Genève pour rencontrer discrètement des émissaires de l’ONU. Il veut alerter la communauté internationale. Devant lui, Nalinee Taveesin, ministre thaïlandaise sortante, et Jarupan Kuldiloke, l’une des parlementaires opposées à l’annulation du scrutin, listent les atteintes à la démocratie commises d’après elles par les «pouvoirs de l’ombre» à Bangkok: l’armée et les juges. «Nous sommes victimes d’un coup d’Etat antidémocratique expliquent-elles. Tout le monde observe l’Ukraine. Mais chez nous aussi, une dictature s’installe.»

Yingluck a perdu son pari

L’impasse thaïlandaise est, il est vrai, préoccupante. La première ministre sortante, Yingluck Shinawatra, croyait regagner la confiance de la population en organisant le 2 février des législatives anticipées. Le scrutin s’est tenu, mais il a été très perturbé dans la capitale et n’a pas pu avoir lieu dans dix provinces. Résultat: six mois après les premières manifestations d’octobre 2013, le gouvernement ne peut qu’expédier les affaires courantes. Et le maintien par les juges, ce dimanche, de l’élection du Sénat – dont la moitié des membres sont nommés – vise, à l’évidence, à installer une Chambre haute pro-opposition, capable de démettre pour de bon la cheffe du gouvernement.

Les démarches entreprises à Genève auprès de l’UIP sont donc perçues comme un ultime recours par les élues de l’ex-parti majoritaire. Leur légitimité politique, face à une opposition hostile à un nouveau scrutin, est réelle. Mais le succès de leur démarche reste entravé par l’arrière-plan de leur combat.

Bob Amsterdam est aussi l’avocat du milliardaire et ex-premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par les militaires en 2006, et dont Yingluck n’est autre que la jeune sœur, installée par ses soins à la tête de son parti, puis victorieuse dans les urnes en 2011. La ministre Nalinee Taveesin, venue réclamer des soutiens à Genève, a été citée dans l’enquête Offshore Leaks à propos de fonds nébuleux liés au despote zimbabwéen Robert Mugabe.

Quand aux opposants acharnés au «système Shinawatra» synonyme selon eux de népotisme et de corruption généralisée, ils restent retranchés dans le parc Lumpini, à Bangkok, et se préparent à manifester samedi après avoir réuni des foules en début d’année.