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Un «gouvernement de trêve» semble être l’alternative esquissée par Sergio Mattarella, comme l’affirmait la presse transalpine dimanche. 
© ALESSANDRO DI MEO/EPA

Europe

L’impasse post-électorale de l’Italie

Un troisième tour de consultations entre les partis et le président de la République a lieu ce lundi. Une majorité parlementaire pour la formation d’un gouvernement n’a toujours pas été trouvée, plus de soixante jours après les élections législatives

Deux mois après les élections législatives du 4 mars, l’Italie attend toujours la formation d’un nouveau gouvernement. Le président de la République a convoqué ce lundi un troisième tour de consultations. Après les tentatives échouées d’alliances entre le Mouvement 5 étoiles, le centre droit et le centre gauche, Sergio Mattarella veut «vérifier si les partis ont d’autres perspectives de majorité de gouvernement». L’arbitre de ce match politique veut s’assurer que les positions n’ont pas changé avant de proposer sa solution.

Lire aussi: En Italie, les forces anti-système balaient la classe politique traditionnelle

Un «gouvernement de trêve» semble être l’alternative esquissée par Sergio Mattarella, comme l’affirmait la presse transalpine dimanche. Cet exécutif choisi par le Quirinal, siège de la présidence, aurait un rôle à durée déterminée, limité notamment au vote de la loi de finances et à la réforme de la loi électorale, accusée par certains d’être à l’origine de ce blocage politique. Mais cette équipe gouvernementale serait néanmoins soumise au vote du parlement. Sans la confiance de celui-ci, les Italiens seraient rappelés aux urnes au plus tôt après l’été.

Refus de Matteo Renzi

Cette situation est la conséquence de l’incapacité des partis arrivés en tête du scrutin du 4 mars de s’entendre. D’un côté, la coalition de centre droit revendique la première place avec 37% des voix. De l’autre, le Mouvement 5 étoiles (M5S) est devenu le premier parti d’Italie avec 32%. Dans un premier temps, la formation fondée par l’humoriste Beppe Grillo s’était rapprochée de la Lega, à l’extrême droite, devenue cheffe de file de la coalition de centre droit après être passée devant Forza Italia de Silvio Berlusconi. Ensemble, les leaders Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Lega) se sont même entendus sur le choix des présidents de Chambres.

Mais la formation d’un gouvernement issu d’une alliance M5S-Lega était suspendue à la rupture de la coalition de centre droit. Au vu des refus de Matteo Salvini d’emprunter cette voie et de Silvio Berlusconi de faire un pas de côté, la formation étoilée s’est tournée vers le Parti démocrate (PD), grand perdant des élections avec environ 19% des votes. C’était compter sans le rejet net de Matteo Renzi, ancien premier ministre et ancien secrétaire du PD.

Quelques heures déjà avant le refus des démocrates de s’allier aux élus étoilés, en fin de semaine dernière, le président de la République, irrité, a pris acte de l’échec de ces négociations et constaté, dans un communiqué lapidaire, que les «positions de départ des partis restaient inchangées». Dimanche, le dialogue entre le M5S et la Lega s’est rouvert avec la possibilité d’un exécutif mené par une tierce personne. Mais les conditions posées par les deux camps rendent cette solution fragile. Les consultations de ce lundi démontreront que «les partis se sont noyés dans un verre d’eau», ironisait dimanche le quotidien La Stampa.

«Tournant générationnel»

«Le jeu est subtil et risqué», analyse Marc Lazar, professeur à Sciences Po Paris et à l’Université Luiss de Rome. Les deux gagnants du scrutin «veulent démontrer qu’ils sont prêts à gouverner». «Quelle que soit l’issue de cet imbroglio, même si elle ne gouverne pas cette fois-ci, la Lega a comme objectif fondamental l’hégémonie sur la droite», poursuit l’auteur de Popolocrazia avec le politologue italien Ilvo Diamanti. Le M5S s’inscrit dans une optique similaire en voulant marginaliser le PD. Il a voulu se montrer responsable en misant sur le jeune Luigi Di Maio plutôt que sur l’excentrique Beppe Grillo. Il n’exclut désormais plus des alliances et s’est entouré de personnalités compétentes.

Massimo Cacciari, philosophe ancien député communiste et ancien maire de Venise, voit en ce blocage politique le premier «vrai tournant depuis la fin de la première République», dans les années 90, un «tournant générationnel» qui a même mené à l’exclusion de Matteo Renzi, «le plus jeune des vieux» représentants d’une vieille politique aujourd’hui désavouée dans les urnes par les Italiens. «Nous avons une classe politique en formation et nous sommes en train de traverser une mer agitée à bord d’un navire encore en construction», image l’observateur de la vie politique italienne.

Mais cette mer agitée révèle une «grande faiblesse de l’Italie» et un «malaise politique» face à la volonté de changement voulue par les Italiens, nuance le politologue Marc Lazar. Et pour éviter de perdre encore plus de crédibilité sur le plan européen et international, dès la fin des consultations lundi soir, le timonier Sergio Mattarella espère pouvoir prendre fermement la barre du navire transalpin.

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