Donald Trump n’a finalement pas attendu le verdict de la Chambre des représentants pour entrer sur la scène de son meeting à Battle Creek, dans le Michigan. Mercredi soir, alors que les députés officialisaient son impeachment par 230 voix contre 197, le président américain choisissait de s’adresser directement à ses supporters, à plus de 1000 kilomètres de Washington. Dans un discours de plus de deux heures, il a laissé éclater sa rage contre cette mise en accusation «digne de la plus grande chasse aux sorcières de l’histoire» et contre les démocrates «qui tentent d’annuler le vote de dizaines de millions d’Américains». Même sur l’échelle de Donald Trump, le degré de violence verbale aura été particulièrement élevé durant toute la soirée.

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Le président n’a pourtant pas grand-chose à craindre de la suite de la procédure. La Chambre des représentants devrait désormais confier le dossier au Sénat, qui ouvrira un procès en destitution, probablement dès janvier. Donald Trump est accusé d’abus de pouvoir dans l’affaire ukrainienne et d’obstruction au travail du Congrès. La majorité républicaine a déjà fait savoir qu’elle voulait acquitter rapidement le chef de l’Etat et qu’elle entendait se coordonner au mieux avec la Maison-Blanche. Dès jeudi matin, le leader républicain du Sénat, Mitch McConnell, s’en prenait à «l’impeachment le plus partisan depuis la guerre de Sécession» en 1865, ne laissant aucun doute sur l’issue du procès.

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Le parti de Trump

Le verdict de mercredi a prouvé l’emprise totale de Donald Trump sur son parti: aucun élu républicain n’a voté en faveur de son impeachment. A l’inverse, les soutiens du président ont rivalisé d’excès pour le défendre. Mike Kelly, élu républicain de Pennsylvanie, a ainsi comparé la mise en accusation de Trump à l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale – au cours de laquelle 2400 soldats américains ont perdu la vie. «Ce jour aussi restera marqué de la pierre de l’infamie», a-t-il conclu. De son côté, Barry Loudermilk, représentant de Géorgie, a avancé une comparaison biblique: «Lorsque Jésus a été faussement accusé de trahison, Ponce Pilate lui a donné l’opportunité de faire face à ses accusateurs. Jésus a eu plus de droits pendant ce simulacre de procès que les démocrates n’en ont donné au président.»

Autre motif potentiel de satisfaction pour Donald Trump: contrairement aux républicains, les démocrates n’ont pas fait preuve d’une unité sans faille. Trois représentants de l’opposition ont voté contre l’impeachment et une candidate aux primaires démocrates, la controversée Tulsi Gabbard, s’est abstenue. La représentante d’Hawaï a assuré «ne pas pouvoir voter en faveur de cet impeachment, car la destitution d’un président ne peut être le fruit d’un procès partisan, alimenté par une animosité tribale qui a déjà tant divisé notre pays».

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Une trace indélébile

Mais ces défections côté démocrate et les encouragements de son propre camp n’ont pas apaisé Donald Trump, loin de là. Le président a passé la plus grande partie de ses journées de mercredi et jeudi à se plaindre auprès de ses 67 millions d’abonnés sur Twitter, envoyant des dizaines de messages pour s’en prendre à Nancy Pelosi, «la pire speaker de l’histoire du Congrès américain», et clamer son innocence. Elizabeth Cohen, professeure de sciences politiques à l’Université de Syracuse, explique cette colère par la principale obsession du président: l’image qu’il va laisser dans l’histoire des Etats-Unis. «Trump ne sera président que quelques années, alors que l’impeachment est une trace qui ne s’effacera pas, souligne la politologue. Et il sait que cette tache sur sa présidence restera à jamais écrite dans les livres d’histoire.»

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Donald Trump rejoint en effet le cercle très fermé des présidents américains qui ont subi un impeachment. La mise en accusation d’Andrew Johnson, à la fin du XIXe siècle, l’a fait entrer dans l’histoire pour avoir refusé d’accorder le droit de vote aux Africains-Américains, malgré les promesses du gouvernement américain à la fin de la Guerre civile. La procédure de destitution à l’encontre de Bill Clinton, après l’affaire Monica Lewinsky, a laissé l’image d’une présidence liée à un scandale sexuel, malgré son acquittement par le Sénat et une popularité élevée.

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Contrairement à ses prédécesseurs, Donald Trump a la possibilité d’effacer en partie cette tache de son mandat: il est candidat à sa réélection le 3 novembre 2020. Son équipe de campagne l’a bien compris, et a décidé de s’appuyer sur cet impeachment pour galvaniser ses électeurs. «Le président sort renforcé de cette séquence alors que le soutien pour le théâtre politique des démocrates s’évapore, a écrit dans un communiqué son directeur de campagne Brad Parscale. Inflexible, le président Trump continue d’engranger les victoires pour le peuple américain, qui donnera sa réponse à cette polémique en lui offrant une réélection dantesque.» La route vers le 3 novembre promet d’être longue.