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Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, un face-à-face entre Xavier Bertrand (Les Républicains) et Marine Le Pen.
© PHILIPPE HUGUEN

France

L’implantation du FN sera démultipliée

Même s’il ne parvient pas à conquérir une seule région au second tour dimanche, le Front national aura de très nombreux conseillers régionaux

Qui sera, dimanche, le grand perdant du second tour des régionales françaises? Alors que le Front national mise toujours sur la possible conquête des trois régions où il est le mieux placé, les sondages y prévoient plutôt une victoire à l’arraché de la droite traditionnelle. Une chose est sûre: les résultats de ce scrutin influeront sur les élections présidentielles de 2017, un mois après les attentats du 13 novembre.

Combien de régions au FN?

En tête au premier tour, le Front National peut-il emporter, comme il l’espère, les trois régions où il a le plus d’avance: Provence-Alpes-Côte d’Azur, Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes et Nord-Pas-de-Calais-Picardie? La réponse est oui, tant la dynamique en faveur du parti d’extrême droite est forte. Dans ces trois régions, le handicap que devront surmonter les candidats des Républicains – en duel en PACA et dans le Nord, en triangulaire avec une liste dissidente du PS en Alsace – est très lourd. La réponse viendra donc de deux facteurs: la participation, qui pour renverser la donne devra être nettement supérieure aux 51% du 6 décembre, et la mobilisation des électeurs de gauche appelés par le PS à voter pour la droite, afin de faire barrage au FN. La participation, dès la mi-journée, devra donc être suivie avec la plus grande attention.

Une défaite du FN dans ces trois régions, où le résultat s’annonce a priori très serré, serait dure à encaisser pour sa présidente Marine Le Pen. Il validerait a contrario les stratégies de Nicolas Sarkozy, président des Républicains – qui a refusé toute fusion de liste avec le PS entre les deux tours – et celle du premier ministre Manuel Valls, qui a défendu le retrait des candidats socialistes au nom de la défense de la République. N’empêche: le FN sera présent en masse dans les conseils régionaux. Tandis que les électeurs frontistes n’auront de cesse de dénoncer les «magouilles électorales». Amère victoire.

Présidentielle?

La candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 va-t-elle s’en trouver renforcée? Le meilleur scénario, pour la présidente du FN, serait un triple succès, augmenté d’un très bon score dans d’autres bastions comme la Bourgogne-Franche Comté. Autre bon scénario: son parti emporte au moins deux régions, et elle emporte le Nord-Pas de Calais-Picardie, indissociable de l’histoire sociale et industrielle de la France. Un second tour qui verrait sa nièce Marion – avec laquelle elle est en rivalité – l’emporter seule en PACA, serait plus compliqué à gérer. La présidente du FN préférerait sans doute dans ce cas que l’unique victoire aille à son vice-président Florian Philippot, détesté par les frontistes historiques, en Alsace-Lorraine.

Au-delà, Marine Le Pen sortira dans tous les cas plus forte de ce scrutin, qui va permettre à son parti d’intégrer en masse les conseils des 13 grandes régions, avec visibilité et compensations financières à la clef. L’implantation locale du FN va s’en trouver dopée. Son tremplin présidentiel aussi.

Hollande affaibli?

François Hollande va-t-il sortir affaibli de la perte, par les socialistes, de nombreuses régions? C’est l’ironie de cette élection qui pourrait voir le PS limiter les dégâts, et permettre au président «d’humilier» son adversaire de 2012, Nicolas Sarkozy. Résumons: le Parti socialiste va de toute façon perdre beaucoup de plumes. En 2010, il avait gagné 21 régions sur 22. Il semble pouvoir au mieux en conserver quatre ou cinq sur les treize actuelles. Avec ce que cela suppose de pertes de sièges, et de mandats, puisqu’il n’aura plus aucun élu pendant six ans dans le Nord et en PACA où il s’est retiré, et que les fractures seront durables en Alsace où Jean-Pierre Masseret s’est maintenu.

On imagine en revanche la satisfaction cynique (qui sera bien sûr cachée) de François Hollande si le FN emporte une ou deux régions, et que les candidats LR mordent la poussière. Le scénario qui se répétera serait alors un peu celui de la fin du premier mandat de François Mitterrand, en 1988, lorsque ce dernier avait brandi la menace Le Pen pour rassembler au centre. La bataille présidentielle de 2017 sera enclenchée. Nicolas Sarkozy, lui, doit impérativement gagner le Nord et PACA face au FN, et au moins six régions en triangulaire, pour se prévaloir d’un succès.

Tripartisme?

Le «tripartisme» imposé par le FN est-il désormais la règle? La Ve République, instituée en 1958 par le général de Gaulle, est en train de changer. Il n’y a plus, aujourd’hui en France, une majorité et une opposition, mais trois forces politiques. Avec deux conséquences. La première est la disparition de plus en plus nette de la gauche radicale et des écologistes qui, sauf dans quelques régions, ne pèsent plus rien. Le PS, pour accéder au pouvoir, ne peut donc plus compter sur ses alliés-là. Au moins pour le moment. D’où l’empressement du «réformateur» Manuel Valls à regarder vers le centre.

La seconde conséquence est le décalage de plus en plus patent entre la réalité de l’électorat, et les modes de scrutins toujours majoritaires. Un tripartisme impose, de fait, la proportionnelle, faute de quoi une frange de l’opinion se retrouve injustement sous-représentée. C’est le cas aujourd’hui du FN. La conséquence logique de l’évolution électorale constatée lors de ses régionales serait donc une «révolution» institutionnelle.

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