Le politologue et biographe d’Angela Merkel, Gerd Langguth, professeur à l’Université de Bonn, revient sur les sondages catastrophiques pour la chancelière.

Le Temps: Pourquoi le gouvernement et la chancelière sont-ils si impopulaires aujourd’hui?

Gerd Langguth: Le principal problème est l’impopularité du FDP [ndlr: libéral]. Ce parti monothématique a un seul objectif en politique: la baisse des impôts. Les dirigeants du parti sont donc totalement inflexibles sur ce point, alors que la CDU et Angela Merkel seraient plutôt favorables à une augmentation des impôts dans la situation de crise actuelle. Ajoutez à ce conflit de principe une situation politique particulièrement difficile avec la crise de l’euro, le fait que les Allemands ont peur de payer très cher pour la Grèce, l’inscription dans la Loi fondamentale d’un mécanisme interdisant l’endettement excessif et la démission brusque du président de la République! Sur tous ces points, la chancelière donne le sentiment de ne pas avoir les moyens de réagir.

– De plus en plus de voix critiquent l’exercice du pouvoir à la Merkel…

– On se pose de plus en plus ouvertement des questions sur son art de diriger. Son amour du détail fait qu’elle a du mal à déléguer à ses ministres. Elle veut résoudre trop de choses elle-même. Et puis, elle n’a pas réussi à imprimer une signature intellectuelle à l’idée de la coalition chrétienne-libérale. Angela Merkel est une politicienne pragmatique, sans idéologie. Lorsqu’elle a une décision à prendre, c’est le fruit d’un long processus. Ce n’était pas différent avec [Gerhard] Schröder ou surtout avec [Helmut] Kohl. Mais les problèmes n’étaient pas les mêmes… Jusqu’à présent, Angela Merkel avait toujours donné le sentiment de trouver le ton juste. Ce n’est plus le cas.

– La presse allemande s’interroge de savoir si ce gouvernement ira au bout de la législature. Qu’en pensez-vous?

– Je crois que le gouvernement Merkel va durer jusqu’en 2013. A moins que [Christian] Wulff, le candidat à la présidence de la République présenté par la CDU et le FDP, ne soit pas élu. Ce serait le début de la fin de la coalition. Mais pas la fin d’Angela Merkel à mon avis. La CDU et le FDP commenceraient à se reprocher mutuellement d’être responsables de cet échec.

– Peut-on imaginer des élections anticipées?

– Je ne crois pas. La Constitution allemande rend très difficile la convocation d’élections anticipées, sauf si Angela Merkel dépose une motion de défiance. Le FDP n’aurait aucun intérêt à voter dans ce sens, puisque, d’après les sondages, il ne peut même pas être sûr d’atteindre le quorum de 5%. La CDU n’est pas non plus dans la position d’attendre quoi que ce soit de nouvelles élections. Quant à l’opposition, elle ne peut imposer un nouveau scrutin.

– Faut-il s’attendre à trois années de crise politique supplémentaires?

– Je ne crois pas. Le message des sondages est passé. Le gouvernement va devoir reprendre les choses en main. D’autant que l’an prochain, il lui faudra affronter six élections régionales et plus encore d’élections municipales.

– Avec la démission de Roland Koch, la probable élection de Christian Wulff, qui pourrait succéder un jour à Angela Merkel à la CDU?

– C’est un vrai problème pour ce parti. Angela Merkel ne va certainement pas lâcher la présidence du parti. C’est une femme qui a un véritable instinct du pouvoir. Son principal concurrent, Christian Wulff, sera sans doute bientôt le prochain président. Les autres ont renoncé à la politique. Pour la CDU, c’est très mauvais. Ce parti avait jusqu’ici toujours été une pépinière, avec de nombreuses personnalités de premier et de second plan. Aujourd’hui, il ne reste presque plus personne.