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Thorsteinn Viglundsson: «En Islande, nous avons atteint un stade dans le débat sur l’égalité où s’opposer à des mesures permettant de réduire l’écart entre les genres revient à se planter devant un train qui roule à toute vitesse».
© Bragi Þór Jósefsson

Islande

L’improbable artisan de l’égalité des salaires

Ancien banquier, puis patron des patrons, le politicien de droite Thorsteinn Viglundsson a fait de la loi sur les salaires sa priorité en 2015. Elu au gouvernement, il est allé au bout de son projet, alors que peu y croyaient

Pour ses 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. Après le journalisme, notre thème du mois porte sur l’égalité hommes-femmes. Ces prochaines semaines, nous allons explorer les voies à emprunter, nous inspirer de modèles en vigueur à l’étranger, déconstruire les mythes qui entourent les genres et chercher les éventuelles réponses technologiques à cette question.

Thorsteinn Viglundsson la joue modeste. Pourtant, c’est à lui que l’Islande doit sa loi sur l’égalité des salaires. Pas la fabrication du standard, qui a nécessité quatre ans de discussions entre syndicats, patronat et gouvernement. Mais le fait que cette certification, supposée rester une démarche volontaire pour les entreprises, soit devenue obligatoire.

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D’abord journaliste, puis banquier, c’est finalement dans son rôle de patron des patrons à Business Iceland qu’il s’intéresse à la question de l’égalité des salaires, dont le standard est en train d’être débattu. Il a encore les inégalités salariales à l’esprit lorsque, en 2015, il décide de quitter son poste pour se lancer en politique. L’ancien banquier rejoint une faction dissidente du parti de la droite traditionnelle, le Parti de l’indépendance, qui veut lancer un nouveau mouvement, moins conservateur, pro-européen et dont «l’ADN intégrerait l’égalité des genres», explique cet Islandais de 48 ans, rencontré à Reykjavik, dans son bureau à deux pas du parlement islandais.

Un «truc de politicien»?

Thorsteinn – les Islandais s’appellent par leur prénom – va même plus loin: il fait de l’égalité des salaires sa priorité, à la surprise générale. «On s’est demandé si c’était un truc de politicien», explique une syndicaliste. Si c’est le cas, cela fonctionne. Elu au gouvernement, il devient ministre de l’Egalité et se met immédiatement à la tâche. Rendre le standard obligatoire pour les entreprises devient la première loi qu’il parvient à faire passer.

«Il y avait des résistances, bien sûr. Mais, en Islande, nous avons atteint un stade dans le débat sur l’égalité où s’opposer à des mesures permettant de réduire l’écart entre les genres revient à se planter devant un train qui roule à toute vitesse», dit-il. Surtout, le jeune politicien a acquis la conviction qu’il faut tordre le bras aux entreprises, sinon rien ne changera. «Comme pour les quotas dans les conseils d’administration, il fallait agir et les résultats ont montré que toutes les craintes étaient exagérées. Trouver des femmes qualifiées n’a pas été un problème et les conseils sont devenus plus diversifiés, mais surtout plus professionnels et spécialisés», souligne ce père de trois filles.

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Même les plus ardentes féministes n’osaient pas y rêver. Elles se montraient même bien plus craintives. «Au début, je pensais qu’on allait trop vite, que nous n’étions pas prêts à mettre tout cela en œuvre, mais au vu du travail déjà effectué, je suis confiante», explique Hugrun Hjaltadottir, du Centre pour l’égalité des genres, un organisme placé sous la responsabilité du Ministère de l’égalité. «Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, nous n’avions aucune attente. En réalité, Thorsteinn Viglundsson s’est montré le ministre le plus efficace.» En un temps record: le gouvernement est tombé neuf mois plus tard et l’ex-banquier est devenu parlementaire. «Sachant maintenant que j’avais aussi peu de temps à disposition, je suis content d’avoir commencé par cette loi», explique-t-il. «Son départ nous a un peu brisé le cœur», reconnaît Hugrun Hjaltadottir.

Les infirmières et les sages-femmes

Cela n’empêche pas Thorsteinn Viglundsson de continuer à se concentrer sur la même thématique. Il vient de contribuer à faire renforcer la loi contre le viol et s’intéresse désormais aux infirmières et aux sages-femmes, qui font partie des professions les moins bien rémunérées. «Pourquoi les métiers «de femmes» sont-ils systématiquement moins bien payés que les métiers «d’hommes»? Qu’est-ce que cela dit de notre société? Pourquoi ne valorisons-nous pas davantage ces métiers, souvent liés à l’éducation et à la santé, qu’on considère comme essentiels?», interroge-t-il.

Derrière les propos de Thorsteinn Viglundsson, on peut chercher un raisonnement économique. «Si les femmes sont moins payées, elles deviennent plus dépendantes de l’aide sociale. Cela revient à ce que l’Etat subventionne les attitudes discriminantes des entreprises.» Mais, en réalité, la réflexion est avant tout éthique: «L’égalité, c’est une question de droits humains. On ne devrait même pas chercher plus loin.»

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