Outre la caricature de Bush, une figure dominait la manifestation de Washington: celle de Martin Luther King. Parce que c'est ce week-end que les Etats-Unis se souvenaient de lui, et parce que le plus grand rassemblement des droits civiques («I have a dream») a eu lieu sur le Mall il y a quarante ans. Belle inspiration. Mais le combat des pacifistes américains n'est pas promis au même triomphe. Leur mobilisation, quoiqu'en disent leurs leaders, n'est pas maintenant en mesure d'ébranler la détermination de l'administration républicaine. Si Bush recule ou temporise, ce sera sous d'autres pressions, et pour d'autres raisons.

D'Europe, on ne mesure sans doute pas encore complètement l'influence à long terme qu'a eue le 11 septembre. Les attentats ont délié les mains de ceux qui préparaient une action plus offensive des Etats-Unis à l'extérieur, et ils ont servi de justification à cette politique aux yeux de la majorité des Américains, y compris d'une partie de l'opposition démocrate. L'incapacité du Pentagone et de la CIA à démontrer une collusion entre Bagdad et les réseaux terroristes n'y a pas changé grand-chose. Elle a seulement érodé le quasi unanimisme du départ, et favorisé le développement du courant pacifiste minoritaire.

Mais les intentions des «offensifs» sont intactes. La chute de Saddam Hussein demeure leur véritable objectif, comme moyen de remodeler la région Proche-Orient-Asie centrale selon les intérêts de sécurité américains. Si le régime de Bagdad se maintenait durablement en place, la défaite pour George Bush et les siens serait cuisante. Ils ne reculeront donc pas. Si les partisans de la paix obtiennent des succès, ce sera sans doute après ce que toute l'Europe décrit et redoute comme une aventure, qu'elle n'a pas les moyens d'empêcher.