Les arrangements politiques tchèques n’y feront rien. Renversé hier par le vote d’une motion de censure contre son gouvernement déposée par l’opposition socialiste et soutenus par quelques députés membres de sa coalition, le premier ministre libéral tchèque Mirek Topolanek est apparu, aujourd’hui à Strasbourg, comme un leader en sursis. Y compris s’il devait être maintenu à la tête de son pays pour «gérer les affaires courantes» jusqu’à fin juin, date à laquelle la République tchèque passera le relais à la Suède.

S’exprimant devant le parlement européen réuni en séance plénière, le président en exercice de l’Union européenne n’a pas réussi à convaincre les eurodéputés lorsqu’il a affirmé que sa démission programmée n’aura «pas d’impact» pour l’UE. «Topolanek est désormais un poids mort entendait-on ce matin dans les coulisses de l’Europarlement, qui sera renouvelé lors des élections européennes organisées entre le 4 et le 7 juin. Sa capacité à arbitrer, à négocier des compromis entre les Vingt-Sept, et à imposer dans son propre pays la ratification du Traité de Lisbonne est désormais proche de zéro».

Le principal doute, émis par les parlementaires européens sortants, porte sur deux sujets clefs pour l’UE: la coordination des politiques de relance économique et la ratification du Traité de Lisbonne, sur lequel le sénat tchèque, divisé, doit en théorie se prononcer en avril après l’approbation en février de la chambre des députés.

Sur la crise, Mirek Topolanek, partisan d’une intervention limitée de l’Etat et détracteur des politiques de soutien aux industries nationales mises en place en France ou en Allemagne, est clairement affaibli. Bien que l’économie tchèque résiste plutôt bien à la crise, l’on voit mal comment ce dernier pourra faire entendre sa voix lors du G20 du 2 avril à Londres, censé engager un processus de réformes à long terme.

L’avenir incertain du Traité de Lisbonne

Sa posture internationale est de plus affaiblie à quelques jours du sommet de l’OTAN les 3-4 avril. Mais aussi pour la visite de Barack Obama prévue à Prague le 5 durant laquelle le projet controversé de bouclier anti-missile américain en Europe de l’Est – rejeté catégoriquement par la Russie – devait être évoqué. La leçon de l’histoire récente est aussi éloquente: la France avait en 1995 changé de gouvernement alors qu’elle dirigeait l’Union. Idem pour l’Italie en 1996. Or à chaque fois, l’agenda communautaire s’était retrouvé sérieusement bouleversé.

Le plus préoccupant, pour Bruxelles, est toutefois l’avenir en suspens du Traité de Lisbonne. Destiné à réformer les institutions communautaires après l’échec du projet de constitution en 2005, le texte est actuellement suspendu à un nouveau référendum irlandais – attendu entre juin et octobre – et à l’approbation des sénateurs tchèques.

S’y ajoute deux inconnues: la décision de la Cour constitutionnelle allemande, qui doit valider le texte approuvé par le Bundestag, et la signature de l’eurosceptique président polonais Lech Kaczynski , dont le paraphe est a priori indispensable, malgré un vote favorable de la Diète.

Or Lech Kaczynski a toujours affirmé qu’il calerait sa position sur celle de son homologue tchèque Vaclav Klaus, adversaire déclaré du texte et soupçonné de manœuvrer en coulisses pour «tuer» l’approbation sénatoriale, malgré l’engagement solennel de ratification pris par Mirek Topolanek dès le début de la présidence tchèque de l’UE. «Cela pourrait signifier l’enterrement du processus de ratification», a avoué à Libération l’eurodéputé allemand Elmar Brok. Et d’ajouter, pessimiste: «Le président Vaclav Klaus a remporté son combat contre l’Europe».