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L’Inde et la Chine, rivaux historiques et partenaires obligés

Le premier ministre indien, Narendra Modi, effectue une visite officielle de trois jours à Pékin et à Shanghai. Les deux géants asiatiques continuent d’entretenir des contentieux territoriaux

L’Inde et la Chine, rivaux historiques et partenaires obligés

Asie Le premier ministre indien, Narendra Modi, effectue une visite officielle de trois jours à Pékin et à Shanghai

Accueilli à Xian, qui fut autrefois à la confluence des échanges entre la Chine et l’Inde, le premier ministre indien, Narendra Modi, a débuté, jeudi, une visite officielle de trois jours en Chine qui le mènera à Pékin puis à Shanghai, avant de se rendre en Mongolie et en Corée du Sud. Les deux géants asiatiques continuent d’entretenir des contentieux territoriaux au long de leur immense frontière commune, qui conduisent régulièrement à des poussées d’adrénaline – comme lors de l’incursion de troupes chinoises dans une partie disputée du Ladakh en pleine visite du président chinois, Xi Jinping, en Inde en septembre 2014.

En guise de piqûre de rappel, New Delhi a d’ailleurs convoqué l’ambassadeur chinois avant la visite de Narendra Modi en Chine pour protester contre l’inclusion, dans le projet chinois de corridor économique avec le Pakistan, de territoires qu’il nomme le «Cachemire occupé par le Pakistan». Lancée dans une foison d’initiatives régionales destinées à la faire passer comme un pourvoyeur bienveillant de croissance auprès de ses voisins, la Chine n’en voit pas moins l’Inde comme un rival géopolitique.

«Politique expansionniste»

Grevée d’un lourd déficit commercial avec la Chine et frustrée par ses vaines tentatives d’y percer dans ses secteurs d’excellence – l’informatique et la pharmacie –, en raison des barrières réglementaires chinoises, l’économie indienne est assurément en quête d’une plus grande coopération avec la deuxième économie mondiale. La Chine est ainsi vue par Narendra Modi comme pouvant servir son programme «Make in India», destiné à faire décoller l’industrie manufacturière indienne. Lors de sa visite en Inde en septembre 2014, Xi Jinping avait promis 20 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros) d’investissements chinois, notamment dans les nouvelles villes ou des zones industrielles. Cette fois-ci, 10 milliards de contrats devraient être signés, à Shanghai, entre les deux pays.

Mais Narendra Modi doit gérer avec Pékin un dilemme: comment attirer les capitaux chinois dans les infrastructures et l’industrie manufacturière de son pays, tout en freinant l’expansion de la Chine dans la région. Si l’Inde et la Chine sont deux géants démographiques de plus d’un milliard d’habitants chacun, l’économie indienne pèse cinq fois moins que sa rivale. Vingt-sept ans après que Deng Xiaoping confiait à Rajiv Gandhi, alors premier ministre indien, qu’«un XXIe siècle asiatique n’est possible que si l’Inde et la Chine se rassemblent», l’Inde voit ce siècle asiatique lui échapper au profit de la Chine.

Pour contrer les ambitions chinoises, Narendra Modi a convoqué de nouvelles alliances. «C’est comme si l’agenda diplomatique de Narendra Modi depuis son élection avait été organisé en vue de sa visite en Chine», note un diplomate européen à New Delhi. Il y eut d’abord sa visite au Japon, en septembre 2014, où le premier ministre égratigna la Chine en critiquant la «politique expansionniste» de certains pays. Puis la déclaration conjointe signée lors de la visite de Barack Obama en Inde en janvier, dans laquelle les deux pays soulignèrent «l’importance de protéger la sécurité maritime et d’assurer la liberté de naviguer, particulièrement en mer de Chine méridionale». Car l’expansion chinoise en Asie ravive de vieilles peurs héritées de la guerre sino-indienne de 1962.

Aujourd’hui, Pékin égrène les projets d’infrastructure, dont certains sont proches des façades maritimes de l’Inde, pour aménager deux routes de la soie, terrestre et maritime, vers l’Europe. Craignant de finir étranglée par ce «collier de perles» chinois, l’Inde multiplie les partenariats dans l’océan Indien avec l’île Maurice, les Seychelles, le Sri Lanka, que le premier ministre indien a visité en mars.

«Paradoxe»

Or, en annonçant en avril, lors de sa visite officielle au Pakistan, ce frère ennemi de l’Inde qui fait office pour la Chine de quasi-allié, 46 milliards de dollars pour la construction d’un corridor entre le port pakistanais de Gwadar et le Xinjiang chinois, Xi Jinping a fait monter les enchères: ce méga-plan a pour l’Inde de vastes implications logistiques et sécuritaires. La Chine, entre autres, a tout lieu d’accroître sa coopération militaire et policière avec le Pakistan pour protéger les travailleurs chinois.

Mais il représente aussi des points positifs, note le chercheur Andrew Small, auteur de The China-Pakistan Axis: Asia’s New Geopolitics , publié début 2015 par Oxford University: «Les retombées économiques du couloir Chine-Pakistan et les pressions chinoises sur le Pakistan devraient amener ce pays à jouer un rôle plus retenu et même constructif. Or, un Pakistan politiquement et économiquement plus «normal» devient aussi un voisin plus gérable pour l’Inde», nous écrit-il dans un courriel. «Les relations entre l’Inde et la Chine, estime Andrew Small, ont en ­commun avec les relations Chine - Etats-Unis que les motifs de coopération et de compétition semblent augmenter en même temps.» Et, poursuit-il, «Xi Jinping et Narendra Modi semblent être à l’aise avec ce paradoxe».

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