Les législateurs indiens votent ce lundi pour élire le prochain président du pays. Le résultat s’annonce comme une victoire politique pour le premier ministre Narendra Modi. Son candidat, issu de la communauté défavorisée des Dalits, est presque assuré de l’emporter.

L’élection de Ram Nath Kovind, un quasi-inconnu proche de la mouvance nationaliste hindoue, renforcerait la mainmise de Narendra Modi sur le pouvoir. Elle lui permettrait aussi de marquer des points au sein de la communauté dalit (autrefois appelée «intouchable»), forte de 200 millions de personnes, en vue des législatives de 2019 où il devrait concourir à un second mandat.

Le poids prépondérant du BJP

Quelque 4900 élus des assemblées parlementaires nationales et régionales doivent décider lundi du nom du prochain chef de l’Etat. En raison du poids du Bharatiya Janata Party (BJP, au pouvoir à New Delhi) et de ses alliés dans le collège électoral, Ram Nath Kovind a toutes les chances d’être désigné à l’issue du scrutin.

Cet ancien avocat de 71 ans remplacerait alors le sortant Pranab Mukherjee à ce poste principalement honorifique. Le résultat de l’élection présidentielle sera annoncé jeudi.

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Ne pas froisser les électeurs

Emboîtant le pas au BJP, l’opposition emmenée par le parti du Congrès a dû également porter son choix sur une Dalit pour ne pas apparaître en décalage et risquer de froisser de potentiels électeurs. C’est l’ex-diplomate Meira Kumar qui portera ses couleurs.

A la veille du vote, Narendra Modi a salué l’atmosphère de «dignité» dans laquelle s’est déroulée la campagne. La dirigeante de l’opposition Sonia Gandhi a, elle, présenté ce scrutin comme un «choc d’idées». Elle a appelé à rejeter la «vision étroite, clivante et communautariste» de l’Inde portée selon elle par le pouvoir en place.

Les hautes castes constituent traditionnellement l’assise électorale du BJP. Mais les nationalistes hindous courtisent les votes de la communauté dalit, socialement et économiquement marginalisée car considérée comme au bas de la hiérarchie des castes, pour élargir leur base.

De complexes mathématiques électorales

Ce réservoir de voix est d’autant plus important pour Narendra Modi qu’il ne peut guère compter sur les bulletins des musulmans, en raison de la crispation identitaire dans le pays sous son mandat. Les musulmans constituent environ 14% de la population indienne.

Le vote de caste est un élément vital des mathématiques électorales indiennes, même s’il est souvent à nuancer par des facteurs religieux ou régionaux. «N’importe quel politicien voudrait le soutien de ce bloc de 16% (de la population) pour une élection», estime Vimal Thorat, un militant dalit.

Si la Constitution de l’Inde indépendante a officiellement aboli la discrimination de caste, elle reste dans les faits une réalité. Les Dalits sont souvent cantonnés à des métiers ingrats, car jugés «impurs», comme le nettoyage d’excréments ou la prise en charge de cadavres d’animaux.