L’Indonésie a fêté mercredi le 71e anniversaire de son indépendance et pour l’occasion le gouvernement a décidé de réaffirmer sa souveraineté nationale par un geste fort: couler 60 navires étrangers entrés illégalement dans les eaux territoriales indonésiennes. Ces mesures répressives ont été orchestrées dans huit sites au large de l’archipel. «C’est un cadeau à l’Indonésie et cela montre notre cohérence dans nos efforts de faire appliquer la loi», a déclaré le porte-parole du Ministère de la pêche. Le message envoyé aux nations d’Asie du Sud-Est est clair: Djakarta ne tolère aucune présence étrangère sur son territoire maritime.

Dame de fer

La ministre de la Pêche, Susi Pudjiastuti, s’est rendue sur les îles Natuna situées entre l’île de Bornéo et la péninsule de Malaisie, pour célébrer l’indépendance et assister aux naufrages de nombreux navires étrangers. Adulée par les Indonésiens, cette auto-entrepreneuse qui a arrêté l’école à 15 ans, est devenue la dame de fer du pays. C’est elle qui a lancé cette guerre sans merci contre la pêche illégale. Elle n’a pas choisi Natuna par hasard. Un symbole fort puisque les îles se trouvent en mer de Chine méridionale, un carrefour maritime crucial riche en hydrocarbures, en ressources minières et halieutiques.

La zone économique exclusive indonésienne s’étend en mer de Chine méridionale sur 200 milles marins (environ 370 km) mais cette ligne de démarcation est âprement contestée par Pékin. La plupart des bateaux sous pavillon chinois ont été saisis dans ce périmètre. Djakarta est particulièrement préoccupé par ces navires qui viennent empiéter dans ses eaux territoriales.

Mercredi, Djakarta a signalé par-dessus tout sa détermination à protéger sa souveraineté sur les lieux de pêche dans la mer de Chine méridionale. Pékin n’a pas réagi cette fois-ci, mais n’avait pas caché sa désapprobation la dernière fois que l’Indonésie avait coulé ses bateaux. Cette campagne crispe les relations entre Djakarta et Pékin. Or la Chine, partenaire commercial privilégié de l’Indonésie, vient d’investir près de 50 millions de dollars pour le développement des infrastructures indonésiennes.

Jusqu’à présent il n’y avait jamais eu un conflit territorial maritime entre la Chine et l’Indonésie. Mais Pékin, qui considère que 90% de la mer de Chine méridionale relève de sa souveraineté, s’est déjà heurté à des conflits avec d’autres pays d’Asie du Sud-Est. En juillet, la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye avait soutenu la demande des Philippines, estimant que la Chine n’a aucun «droit historique» sur les ressources de cette zone.

Djakarta a lancé une lutte acharnée contre la pêche illégale dans ses eaux depuis deux ans. Plus de 230 navires étrangers et nationaux ont été coulés, la plupart à coups de dynamite, depuis l’arrivée au pouvoir du président Joko Widodo en octobre 2014. Cette campagne contre les navires étrangers que le chef de l’Etat qualifie de «thérapie de choc», est destinée à étancher une partie des 20 milliards dollars que l’Indonésie perd chaque année à cause de la pêche illégale.

Deuxième rang mondial

La défense des intérêts maritimes du gigantesque archipel composé de plus de 17 000 îles et la volonté de faire du pays une grande puissance maritime sont l’une des priorités du mandat du président. Cette année, l’Indonésie a consacré 7,9 milliards de dollars de son budget à cette mission. Avec près de 6 millions de tonnes de poissons capturés en mer au deuxième trimestre de 2016, l’Indonésie est situé au deuxième rang mondial dans le domaine de la pêche, derrière la Chine.

Des navires sous pavillons philippin, malais, birman, thaïlandais ou vietnamien ont aussi été interceptés. A chaque fois, le scénario se répète: l’équipage est évacué et envoyé en centre de rétention, et les bateaux dynamités ou sabordés. Mais mercredi la destruction des bateaux s’est faite plus discrètement que d’habitude. Le gouvernement indonésien a interdit la couverture médiatique des événements.

Au printemps dernier, des dizaines de chalutiers avaient été réduits en miettes à coups de dynamite, devant les caméras. L’explosion la plus sensationnelle avait eu lieu en février. Les autorités indonésiennes avaient arraisonné le Vicking, un bateau qui naviguait sous pavillon nigérian, recherché par Interpol et traqué par l’association Sea Shepherd pour avoir braconné la légine, un poisson carnassier vivant en Antarctique. «Cela servira de dissuasion pour les autres», avait prévenu la ministre de la Pêche.