Commentaire

L’inquiétante inconstance de Donald Trump

Avec son annonce du retrait des troupes américaines de Syrie, le président américain a braqué les pontes de son parti alors qu’il suffirait que 20 sénateurs républicains lui tournent le dos pour qu’il soit destitué. Dans sa stratégie du chaos, Donald Trump dévoile ses limites

Roi du chaos, empereur de la confusion, Donald Trump est passé maître dans l’art du brouillage de pistes. S’il fallait trouver une certaine logique dans son annonce explosive, dimanche, de retirer les troupes américaines de Syrie, il y en aurait deux. D’une part, le président applique une promesse de campagne alors qu’il vise sa propre réélection en 2020 et, de l’autre, il cherche à faire diversion, et parvient à imposer une autre polémique à la place de l’«affaire ukrainienne» qui lui vaut désormais d’être visé par une procédure d’impeachment.

Donald Trump sait parfaitement changer de narratif quand cela l’arrange. Sauf qu’une fois de plus, il semble avoir agi seul, en méconnaissance totale des réalités du terrain. Fin 2018, quand il avait annoncé une première fois le rappel des soldats américains de Syrie, James Mattis, son chef du Pentagone, avait claqué la porte de la Maison-Blanche. Aujourd’hui, sous pression, le président est contraint de rétropédaler, pendant que son administration tente tant bien que mal d’interpréter sa diplomatie-bazooka et de nuancer sa décision. Un scénario déjà vu et connu.

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Un quasi-suicide politique

Désormais, après avoir laissé le champ libre à Erdogan pour agir contre les forces kurdes en Syrie, Donald Trump menace de «détruire et anéantir complètement l’économie de la Turquie» si Ankara «dépasse les bornes». Au final, la Maison-Blanche fait savoir qu’il n’y aura pas de retrait généralisé, mais qu’«entre 50 et 100» membres des forces spéciales seront redéployés vers d’autres bases américaines en Syrie.

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De quoi rendre son message inaudible. A-t-il sciemment visé un scénario catastrophe pour ensuite le nuancer à la suite de réactions outrées? Difficile à croire. Mais une chose est sûre: son attitude s’apparente à un quasi-suicide politique. Donald Trump est certes un habitué des coups de tête, des décisions à l’emporte-pièce et des comportements erratiques, mais cette fois il a braqué les pontes du Parti républicain, à un moment où, plus que jamais, il doit s’assurer de leur soutien, à treize mois de l’élection présidentielle.

Pour que sa destitution soit effective, il faudrait que 20 sénateurs républicains lui tournent le dos. Alors si semer la zizanie et bâtir des écrans de fumée fait partie de sa stratégie et de son programme électoral, il est en train d’en goûter sérieusement les limites.

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