Pour le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des questions humanitaires, la pénurie alimentaire nourrit de plus en plus l'instabilité en Afghanistan. «Les prix des denrées montent en flèche. Les semences manquent. Un peu partout, la situation alimentaire se détériore» a confirmé au Temps John Holmes, de passage à Bruxelles jeudi pour participer à la conférence «Qui va nourrir le monde?» (http://www.nourrir lemonde.org), conviée par la présidence française de l'UE.

Tout juste de retour d'Afghanistan, ce haut responsable onusien l'affirme: la grille de lecture sécuritaire du pays, entre d'un côté les talibans et de l'autre les 45000 soldats de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF), est de moins en moins pertinente. «Un motif d'insécurité de plus en plus fréquent, par exemple, est le retour de réfugiés venus du Pakistan, qui ont des difficultés croissantes à trouver des terres fertiles. Le problème d'accès à l'eau nourrit les vendettas entre clans, entre villages.» La baisse de la production agricole et la hausse des cours mondiaux ont sévèrement touché cette année le cinquième pays le plus pauvre du monde. Selon l'ONU, le prix du blé y a augmenté de 25% par mois ce dernier trimestre. Sur un an, l'augmentation du prix du pain et des céréales a atteint 130%.

Pour la communauté internationale, cette nouvelle insécurité alimentaire complique énormément la reconstruction. «La sécheresse et ses conséquences amènent quantité de villageois à s'en prendre aux autorités locales, donc à l'Etat que nous voulons consolider», juge John Holmes. Quelque 80 pays et institutions se sont retrouvés le 10 juin à Paris pour une conférence sur le développement de l'Afghanistan, toujours en proie à la violence, à la corruption et au trafic de drogue près de sept ans après la chute du régime des talibans. Le président Hamid Karzaï y a présenté un ambitieux plan de développement de 50,1 milliards de dollars sur cinq ans.

Convois attaqués

Mais, faute de sécurité, l'effort international patine. Un convoi de nourriture des Nations unies a ainsi été attaqué dimanche dans le sud de l'Afghanistan par des hommes armés, qui ont tué deux policiers et incendié cinq camions transportant 126 tonnes de nourriture, soit de quoi nourrir plus de 12000 personnes pendant un mois. Près de 340 tonnes de nourriture ont été détruites au cours de onze attaques depuis le mois de janvier, selon l'ONU.

Le cas de l'Afghanistan est, selon John Holmes, emblématique de l'aggravation provoquée par la flambée des prix alimentaires et les convulsions agricoles actuelles. Dans l'enceinte du Parlement européen à Bruxelles, ce dernier a placé en tête de liste des pays ou régions «mis à genoux» par l'insécurité alimentaire la Somalie, l'Ethiopie, le Darfour et Haïti. Il s'en est aussi pris aux autorités du Zimbabwe qui entravent actuellement l'action des organisations non gouvernementales. «Nous savons que la prochaine récolte au Zimbabwe sera mauvaise, a-t-il poursuivi. Si l'on ajoute à ce tableau le nombre effrayant d'orphelins et de malades du sida dans ce pays, nous pouvons parler de catastrophe.»