Les chiffres commencent à s’affoler. L’épidémie d’Ebola, qui sévit depuis neuf mois en République démocratique du Congo, a déjà fait 994 morts. La barre psychologique des 1000 devait être franchie vendredi – on est encore loin des 11 000 morts provoqués par une épidémie similaire qui a ravagé le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée entre 2014 et 2016.

«Nous anticipons une transmission encore intense» du virus de la fièvre hémorragique, a prévenu Michael Ryan, responsable de la réponse d’urgence auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis août 2018, l’institution onusienne est passée par tous les états d’âme. Après l’émergence de l’épidémie, elle était inquiète, mais sereine. Puis elle semblait pouvoir venir à bout de ce virus, mais l’insécurité croissante place les collaborateurs de l’OMS et d’autres organisations dans une situation très compliquée.

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Instrumentalisation

Depuis janvier, l’OMS a enregistré 119 attaques qui ont blessé ou tué 85 personnes et entravé les efforts sanitaires pour lutter contre le fléau. Il y a deux semaines, un médecin de l’OMS a été tué – ses funérailles se déroulent ce samedi au Cameroun en présence du directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui s’est déjà rendu huit fois en RDC.

Des groupes armés antigouvernementaux «instrumentalisent» les communautés, déplore Michael Ryan, qui a appelé à ce que tous les partis politiques d’opposition et le gouvernement en viennent à s’entendre pour permettre un combat efficace contre l’épidémie. Or si Félix Tshisekedi a été investi à la présidence du Congo, une partie de l’opposition n’est pas prête à en reconnaître la légitimité. C’est notamment le cas du candidat malheureux Martin Fayulu.

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Les problèmes sécuritaires ont par ailleurs des conséquences sur le coût des opérations. Michael Ryan relève que le fardeau qui pèse sur les équipes sanitaires est considérable, puisqu’elles doivent contrôler plus de 12 000 personnes par jour et en vacciner plus de 900 quotidiennement: «Il n’est pas du tout facile de maintenir l’effort d’un point de vue technique, mais aussi financier.» L’opération, pour laquelle les besoins sont chiffrés à 57 millions de dollars, en est à 88 millions. Seuls 34 millions sont financés. Le responsable onusien appelle la communauté internationale à en faire davantage pour combler le trou de 54 millions.

Vaccins

Hormis les mesures classiques pour combattre le virus, la vaccination poursuit son cours. Un premier vaccin du fabricant Merck va désormais être complété par un autre vaccin développé par la firme Johnson & Johnson. Les deux produits ne sont pourtant pas encore homologués. Mais les mesures nécessaires sur le plan de la régulation et de l’éthique sont prises «pour protéger les patients», assure Michael Ryan, qui ne cache pas que les équipes sur place sont «à la limite de leurs capacités».

Tirant les leçons de l’épidémie ayant frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014, l’OMS recourt à des anthropologues pour aborder au mieux les communautés qui, parfois, ont été réticentes à accepter les mesures d’isolement d’un membre d’une famille. Aujourd’hui, 90% des communautés collaborent sans problème.

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Les pays voisins, dont l’Ouganda et le Soudan du Sud, ont déjà entamé des préparatifs au cas où l’épidémie devait se propager hors des frontières congolaises. «Notre priorité est désormais l’état de préparation des pays. Nous ne souhaitons pas seulement répondre à l’urgence. A cet égard, les Etats voisins sont beaucoup mieux préparés», conclut Michael Ryan qui ajoute que la meilleure recette demeure un système de santé robuste.