Après vingt-deux années de présence, Médecins sans frontières (MSF) a annoncé mercredi quitter la Somalie en raison de l’insécurité. L’intégralité des programmes médicaux de l’ONG sont interrompus, à Mogadiscio, où elle opérait un centre de soins intensifs pour enfants, et dans le reste du pays (Afgooye, Jowhar ou Kismayo).

Dans certaines de ces zones, MSF était le seul acteur humanitaire; l’an passé, elle a donné plus de 600 000 consultations. «C’est l’annonce la plus difficile que je sois amené à faire depuis que je suis à MSF», a commenté Unni Karunakara, le président international de l’organisation. lors d’une conférence téléphonique. D’après lui, les groupes armés qui ont agressé les équipes MSF, et les autorités civiles, ­complaisantes, voire complices de certaines attaques, sont responsables de cette décision, «dont les civils vont payer le prix fort», tout comme les 1500 salariés locaux qui perdent leur emploi.

Compromis

Pour continuer d’œuvrer dans ce pays déstructuré par deux décennies de conflit interne et dont les besoins humanitaires sont «exceptionnels», l’ONG dit avoir négocié en permanence avec les groupes armés, et fait d’importants compromis vis-à-vis de ses principes d’indépendance. «C’est le seul pays au monde où nous devions nous entourer de gardes armés», précise Jean-Clément Cabrol, le directeur des opérations de MSF Suisse. Ces concessions n’ont pas suffi à protéger son personnel: deux employées espagnoles ont été libérées en juillet après 21 mois de kidnapping. En décembre 2011, deux expatriés avaient été victimes d’une fusillade à Mogadiscio, dont l’auteur condamné a été libéré de manière anticipée, au grand désarroi de MSF.

Depuis que l’ONG a mis un pied en Somalie, en 1991, l’année où le pays s’est enfoncé dans la guerre civile après la destitution de Siad Barre, seize employés ont été tués. MSF ne constate aujourd’hui aucune amélioration tangible. «La situation a créé un déséquilibre insoutenable entre les risques auxquels nos équipes sont confrontées et notre capacité à fournir une assistance aux victimes», regrette son président.

Cette appréciation tranche avec les attentes soulevées à l’été 2012 par l’élection à la présidence d’Hassan Cheikh Mohamoud, l’établissement d’un nouveau parlement et l’adoption d’une Constitution provisoire, un processus appuyé par la communauté internationale et censé clore une interminable période de transition. Mais, ces derniers mois, le regain d’insécurité, signifiant que les shebab affiliés à Al-Qaida n’ont rien perdu de leur force de nuisance, a fait chanceler les espoirs d’une stabilisation. En juin, les insurgés ont attaqué le complexe de l’ONU dans la capitale, tuant neuf personnes.

«Les institutions restent fragiles, particulièrement l’exécutif, dont la faiblesse perpétue le vide sécuritaire», dit Abdi Aynte, directeur du Heritage Institute for Policy Studies, un think thank de Mogadiscio. D’après lui, le retrait de MSF, «est une triste nouvelle pour la population. Le départ de cette ONG, l’une des rares internationales sur le terrain, aura des conséquences humanitaires».