Pour la seconde fois, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a repoussé la date du référendum sur l'indépendance du Timor-Oriental à cause des conditions encore précaires de sécurité et des difficultés d'enregistrement d'environ 60 000 réfugiés qui ont fui les violences causées par les milices pro-intégrationistes. La consultation sur l'acceptation ou le rejet de l'autonomie, ainsi que les Nations unies nomment le scrutin, est désormais prévue pour le 30 août, au lieu des 21 et 22 août comme annoncé antérieurement.

Le report était largement attendu car l'enregistrement avait déjà démarré en retard du fait des attaques des miliciens contre les bureaux onusiens à la mi-juillet. Kofi Annan conditionne toujours son feu vert à l'amélioration des conditions de sécurité qu'il juge «encore inadéquates» et à la résolution du problème des réfugiés, concentrés dans la partie ouest du Timor-Oriental.

Ce nouveau report reflète la volonté des Nations unies d'établir des conditions optimales pour la consultation, qui constituera la chance unique pour les quelque 400 000 Timorais de l'Est éligibles de se prononcer sur leur destin. Le président indonésien Habibie s'est engagé à accorder l'indépendance si l'autonomie proposée par Djakarta est repoussée lors du vote. Le Timor-Oriental, envahi par l'armée indonésienne peu après le départ chaotique des colonisateurs portugais en 1975, avait été annexé par Djakarta l'année suivante. Les Nations unies n'avaient jamais reconnu ce fait accompli, contrairement à plusieurs pays d'Asie du Sud-Est et à l'Australie, la puissance régionale juste au sud de l'île de Timor.

De fortes pressions diplomatiques, surtout américaines, ces dernières semaines ont contraint le gouvernement indonésien à se montrer plus sérieux dans le contrôle des milices pro-Djakarta qui ont mené une campagne de terreur depuis janvier pour influencer la population qui, selon des experts, est majoritairement pour l'indépendance. Les unités militaires locales soutiennent ces milices qui ont attaqué résidences et même églises en toute liberté, tuant des dizaines de Timorais durant ces derniers mois.

Réfugiés dans le besoin

Dans l'ouest du territoire où les milices exercent la plus forte influence, environ 60 000 villageois ont fui leur maison pour se réfugier dans la campagne ou parfois même à Timor-Ouest, de l'autre côté de la «frontière». La situation est particulièrement précaire pour 3500 réfugiés à Faulala, dans le district de Liquisa où une église avait été assiégée par les milices. «La situation humanitaire est très sévère. Beaucoup d'entre eux sont malades de malaria, de tuberculose ou souffrent de malnutrition. Une centaine sont morts depuis janvier», a indiqué Hiro Ueki, porte-parole de la mission des Nations unies au Timor-Oriental. Le HCR a annoncé l'envoi de quatre représentants de chaque côté de l'île. Ces réfugiés doivent réintégrer leur lieu de résidence pour pouvoir s'enregistrer, d'où le retard pris par l'opération.

Mises en accusation depuis l'arrivée du contingent onusien, les autorités indonésiennes commencent à rendre les coups. Dans un entretien accordé à International Herald Tribune, le chef de la diplomatie Ali Alatas a ainsi accusé les Nations unies de faire preuve de préjugés favorables aux indépendantistes, notamment parce que la majorité des auxiliaires engagés localement par l'ONU seraient pour la séparation d'avec l'archipel. «Les rapports qui ont été publiés, et qui parfois même sont repris dans les rapports du secrétaire général, sont déséquilibrés. Nous ne fermons pas les yeux sur la violence perpétrée par les milices, mais nous ne fermons pas non plus les yeux sur les violences et les provocations commises par les groupes indépendantistes – et cela arrive», a déclaré Ali Alatas.

Ian Martin, chef de la mission des Nations unies au Timor-Oriental, a annoncé mercredi avoir obtenu l'accord de Xanana Gusmao, le chef emprisonné de la guérilla indépendantiste, pour que ses hommes restent «dans leurs baraques» pendant le déroulement du vote.