Religion

L’interdiction de la burqa devient un débat européen

Prohiber le voile intégral? La question se pose dans plusieurs pays européens. La France et la Belgique ont déjà légiféré. Une dizaine d’autres en débattent.

Dans un climat de défiance qui gagne l’Europe à l’égard de l’Islam, la question de l’interdiction du port du voile intégral se pose dans de nombreux pays. En Suisse, le débat est brûlant: le Comité d’Egerkingen, composé de politiciens de la droite dure, est en pleine récolte de signatures pour l’initiative visant à interdire le niqab et la burqa. Qu’en est-il du reste du continent?

«Il y a actuellement une tendance à associer l’Islam au djihadisme, explique Géraldine Casutt, doctorante en science des religions à l’Université de Fribourg. Ses recherches se portent particulièrement sur la France. Cette religion est chargée de symboles que les gens associent au terrorisme. Il y a le sentiment que les musulmans veulent imposer des règles qui vont à l’encontre des valeurs de notre société, comme si l’Islam partait à la conquête de nos pays avec le but de nous faire disparaître.»

Très peu de cas

Deux Etats ont jusqu’ici légalement interdit d’apparaître «masqué» dans les lieux publics. En France, une loi adoptée par le parlement en septembre 2010 stipule que nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. En Belgique, depuis juin 2011, toute personne dissimulée par un vêtement de manière à ce qu’elle ne soit plus identifiable peut être amendable ou passible d’emprisonnement.

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Dans l’Hexagone, l’amende peut aller jusqu’à 150 euros. La Belgique se montre plus sévère. En plus d’une amende, une personne qui enfreint la loi risque un emprisonnement allant de 1 à 7 jours. «La loi ne vise pas explicitement la burqa ou le niqab, explique Patrick Charlier, codirecteur du Centre interfédéral pour l’égalité des chances à Bruxelles. Ce serait de la discrimination. Cette formulation permet de généraliser l’interdiction, même si les débats parlementaires tournaient principalement autour du voile intégral.» A-t-on remarqué une diminution des femmes voilées dans les rues? «Elles étaient, et sont encore, peu nombreuses, principalement localisées dans certains quartiers. Avant 2011, nous recevions des signalements, par exemple des commerçants ou professeurs nous demandaient comment traiter les femmes voilées intégralement. Ça n’est plus arrivé depuis l’entrée en vigueur de la loi.»

Pression de la droite politique

D’autres pays s’interrogent ou sont sur le point de légiférer. Depuis le mois d’août, le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière (Union Chrétienne-Démocrate, CDU) prépare ainsi une batterie de mesures pour lutter contre le terrorisme. A l’issue d’une consultation de ses homologues des Länder, il a appelé vendredi à une interdiction partielle du voile intégral. A savoir, sa prohibition dans un certain nombre de circonstances, «au volant, lors de procédures administratives, dans les écoles et universités, dans les services publics ou devant les tribunaux.»

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«Ces mesures s’inscrivent dans le débat sur les réfugiés, la suite des attentats et le renforcement du parti AfD», explique Hansjörg Schmid, directeur du Centre Suisse Islam et Sociétés. Le chercheur s’inquiète du message qui pourrait être envoyé dans un pays doté d’une tradition d’ouverture face à la religion, une Allemagne «où les musulmans sont plutôt bien intégrés.» Et de craindre qu’un mur puisse se dresser à cette occasion entre la communauté musulmane et le gouvernement.

Effet contraire

D’autres pays, comme l’Estonie, la Slovénie ou encore le Luxembourg ont déjà fait un pas de plus vers l’interdiction. Le ministre de la justice letton, Dzintars Rasnacs, a proposé en avril dernier une loi prohibant le port du voile intégral. Loi qui a de fortes chances d’être acceptée et devrait entrer en vigueur en janvier 2017. En Bulgarie, le sujet est en discussion au parlement, tout comme aux Pays-Bas, où le projet de loi a été déposé en mai 2015 par le ministre de l’Intérieur Ronald Plasterk. Il interdirait le port du voile intégral uniquement dans certains endroits publics, notamment dans les transports en communs ou les bâtiments de l’enseignement.

En France, interdire la dissimulation du visage ne semble pourtant pas dissuader les femmes de sortir intégralement voilées, souligne Géraldine Casutt. «Bien au contraire! La burqa et le niqab sont presque devenus un outil politique, un objet de transgression. Une manière de revendiquer visiblement et publiquement sa foi. Sortir avec un voile intégral en France va susciter des réactions, et cela aura tendance à renforcer chez ces femmes le sentiment que la France est islamophobe.»

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