Russie

L’Internet russe, refuge des néonazis occidentaux

Alors que la censure se durcit en Europe et aux Etats-Unis, un nombre croissant de sites et de propagandistes d’extrême droite migrent vers le «Facebook» russe

L’un des pays ayant le plus contribué à la chute du nazisme devient aujourd’hui un havre pour les militants néonazis du monde entier. Depuis quelques mois, le principal réseau social de Russie, VKontakte (VK.com), attire des légions d’extrémistes de droite, alors même qu’une purge est menée sur ce même réseau contre les opposants russes au Kremlin.

Dernier exemple en date, le Daily Stormer, un site néonazi américain dont le fondateur s’est illustré pendant les émeutes de Charlottesville, a trouvé refuge sur le «Facebook» russe en tant que groupe d’intérêt. Les membres s’y échangent des conseils pour migrer depuis Facebook, Twitter ou utiliser le navigateur Tor, qui donne accès au Dark Web et permet de surfer de manière totalement anonyme. Le forum du groupe The Daily Stormer est saturé de commentaires antisémites, racistes et de symbolique nazie, pourtant strictement interdite par la loi russe.

Même des activistes du parti d’extrême droite suisse PNOS

On y trouve aussi une grande quantité de groupes néonazis allemands, français et britanniques. Des activistes du parti d’extrême droite suisse PNOS (Partei National Orientierter Schweizer) y diffusent leurs idées, comme Heidi Gmür, résidente du canton de Glaris, qui affiche 455 amis sur son compte. Plus radical, Andy Eidgenoss, sous-titré «Switzerland nazi», s’est choisi pour avatar un svastika noire sur fond de drapeau national helvétique. Cet utilisateur, basé à Zurich, compte 445 amis (essentiellement suisses) et 300 abonnés.

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Comme sur Facebook, il est possible de signaler toute publication dont le contenu est «indésirable», vk.com propose en outre de signaler une publication comme «extrémiste», ce qui peut conduire au blocage d’un groupe ou d’un utilisateur.

Un réseau social proche du Kremlin

Pourtant, les usagers occidentaux ouvertement nazis pullulent sur le principal réseau social russe. Délibérément copié sur le modèle de Facebook, VK.com est aujourd’hui un géant d’internet, qui se classe au 5e rang mondial des sites les plus populaires du monde selon SimilarWeb. Après avoir été confisqué à son créateur, Pavel Dourov, qui refusait de coopérer avec les services secrets russes, VK.com appartient aujourd’hui à un groupe d’actionnaires en très bons termes avec le Kremlin.

Sites bloqués chez les hébergeurs en Occident

La migration des extrémistes européens sur l’internet russe a commencé il y a plusieurs années, mais il s’agissait plutôt d’éclaireurs cherchant un hébergement de secours dans un pays sans régulation. La migration s’est brusquement accélérée au cours de cette année. D’innombrables sites d’extrême droite occidentaux ont récemment été suspendus par les hébergeurs ou masqués par les moteurs de recherche. Les comptes de prêcheurs de haine sur les réseaux sociaux sont de plus en plus souvent bloqués. La législation des Etats-Unis, jusque-là très libérale, est devenue restrictive.

Le rôle des fausses nouvelles dans la montée des populismes en Europe et aux Etats-Unis a en effet braqué le projecteur sur la responsabilité des réseaux sociaux. Accusés d’avoir été transformés en caisses de résonance d’idéologies nauséabondes et de théories du complot, Facebook, Twitter et Google ont pris des mesures drastiques depuis le début de l’année 2017 pour dégonfler la bulle de haine formée sur Internet.

Le Kremlin tisse des liens avec l’extrême droite européenne

La Russie se présente aujourd’hui comme une alternative attrayante pour plusieurs raisons. Vladimir Poutine fait figure de héraut global de l’ultra-conservatisme pour des leaders d’opinion comme Steve Bannon, Marine Le Pen ou Oskar Freysinger. De plus, le Kremlin tisse, à travers diverses officines, des liens avec de nombreux groupuscules ou partis d’extrême droite européens dans le dessein d’affaiblir les partis traditionnels pro-européens et hostiles à la politique expansionniste russe en Ukraine.

La permissivité, voire la bienveillance des autorités russes envers ceux qui sont considérés comme extrémistes en Europe contraste avec la censure croissante imposée à l’Internet russe. Des centaines d’internautes ont été condamnés, certains à des peines de prison fermes, pour des publications jugées extrémistes par les autorités. Il s’agit pour l’essentiel de critiques envers la politique du Kremlin en Ukraine ou le clergé orthodoxe. Si cette politique de «deux poids, deux mesures» perdure, elle ouvrira un nouveau front dans la guerre de l’information entre la Russie et les démocraties.

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