La Cour suprême d’Israël a rejeté lundi le recours introduit par Bilal Diyab et Taïr Halaleh, deux membres du Djihad islamique placés en détention administrative depuis plusieurs mois et qui exigent d’avoir accès à leur dossier afin de connaître les raisons légales de leur incarcération.

Selon les juges, la détention administrative, qui permet l’arrestation de «suspects» et leur maintien au secret sans jugement pour une durée indéterminée, n’est pas contraire aux lois fondamentales israéliennes. Même si elle devrait être utilisée avec circonspection, elle constitue «une partie intégrante et légitime de la lutte antiterroriste».

Selon l’ONG israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, 308 Palestiniens seraient actuellement placés en détention administrative. Bilal Diyab et Taïr Halaleh, qui font partie de ce contingent, refusent cependant de s’alimenter depuis 70 jours et leur état est considéré comme «critique». Certes, ils reçoivent des perfusions d’eau salée, mais ils refusent toute nourriture solide. Ils risquent donc de mourir à tout instant, ce qui déclencherait un soulèvement généralisé des territoires palestiniens.

Manifestations quotidiennes

Depuis un mois, des manifestations violentes se déroulent d’ailleurs quotidiennement – voire plusieurs fois par jour – à l’entrée de Jérusalem-Est, dans les environs de Ramallah, ainsi qu’à proximité de prisons israéliennes de haute sécurité. Des voitures de colons sont de nouveau attaquées sur les routes de Cisjordanie et des groupes palestiniens promettent d’enlever des soldats de l’Etat hébreu.

Le Shabak (la sûreté générale israélienne) a d’ores et déjà prévenu le premier ministre Benyamin Netanyahou que des troubles sérieux éclateraient si Bilal Diyab et Taïr Halaleh devaient disparaître. A en croire ses analystes, un tel événement provoquerait également la reprise des tirs de roquettes à partir de la bande de Gaza. Donc une riposte musclée de l’Etat hébreu, qui est entré hier matin en campagne électorale pour les élections législatives début septembre, et dont le gouvernement ne peut se permettre d’afficher le moindre signe de «faiblesse».

A la fin de 2011 et au début de cette année, deux détenus administratifs avaient réussi à faire plier l’establishment sécuritaire israélien en refusant de s’alimenter pendant près de deux mois. Bilal Diyab et Taïr Halaleh ont alors pris le relais et ils sont désormais suivis par 1600 autres prisonniers, le tiers des Palestiniens enfermés en Israël. Ceux-là ne sont pas des détenus administratifs, mais des condamnés pour «terrorisme», parmi lesquels l’ex-leader du Fatah de Cisjordanie Marwan Barghouti qui mène le mouvement et multiplie les appels en faveur d’un soulèvement non militaire de la population palestinienne.

Tout en se déclarant solidaires des détenus administratifs, ces condamnés réclament le droit de pouvoir rencontrer régulièrement leur avocat ainsi que les membres de leur famille, la possibilité de poursuivre des études, ainsi que la fin des «mises au secret», une punition généreusement distribuée par l’administration pénitentiaire israélienne.