La scène a un tragique goût de déjà-vu, avec des violences, des cris, du sang. Vendredi, la ville de Ramallah a renoué de plus belle avec l'Intifada, l'insurrection que les Palestiniens ont déclenchée il y a un peu plus de quatre mois. Répondant à des tirs palestiniens, les soldats de Tsahal ont riposté à la mitrailleuse et à l'arme lourde. On dénombrait au moins un mort et 27 blessés, dont un photographe étranger.

Le Fatah de Yasser Arafat et la jeunesse désœuvrée de Cisjordanie et de Gaza ne sont pas les seuls à s'être juré «d'accueillir» de la sorte l'élection d'Ariel Sharon au poste de premier ministre. S'ajoutant aux groupes inconnus qui ont revendiqué l'attentat à la voiture piégée de jeudi à Jérusalem, aussi bien le Hamas que le Djihad islamique ont lancé vendredi des appels à la «guerre sainte» contre l'Etat hébreu. Entre cris demandant la destruction de Tel-Aviv et effigies brûlées d'Ariel Sharon, cette nouvelle «journée de la colère» avait un objectif: démontrer au premier ministre élu qu'il aura beaucoup à faire s'il veut réaliser ses promesses électorales.

Dans un entretien paru vendredi, Ariel Sharon rappelait pourtant qu'il ne démarrera pas des négociations «sous la terreur et le feu». Il laissait aussi entendre que, pour lui, une telle négociation ne viserait nullement à trouver une solution définitive avec les Palestiniens mais à conclure «un accord de non-agression». A l'inverse de ce que préconise le «camp de la paix» et de ce qu'exigent Arafat et les siens, la «paix» ne veut pas dire pour lui un règlement du conflit mais une absence de guerre.

Cabinet d'union nationale

La divergence de vues semble fondamentale. Mais elle n'a pas empêché le premier ministre sortant Ehud Barak de rencontrer longuement vendredi son successeur. Sous les auspices de la «colombe» Shimon Peres, le rapprochement entre les deux partis semble se faire à grande vitesse en vue de former un gouvernement d'union nationale. Les travaillistes formulent toutefois trois conditions: la promesse de ne plus bâtir de nouvelles colonies (ce qui n'empêche pas le développement des colonies existantes), l'engagement de défendre la création d'un Etat palestinien démilitarisé (sans mentionner de date) et, enfin, la volonté de changer le système électoral en vigueur (qui a conduit à l'émiettement du parlement).

Dans le même temps, et sans doute pour faire monter les enchères, les proches d'Ariel Sharon continuaient aussi leurs discussions avec la droite dure, nationaliste et religieuse. Le parti Shas a fait savoir qu'il s'estime en droit d'avoir autant de fauteuils ministériels que le Likoud. Quant au Parti national religieux, il réclame l'Education, l'un des postes les plus convoités dans ce pays tiraillé entre plusieurs avenirs contradictoires.