Né en 1941, Rachid Ghannouchi, instituteur et théologien, est devenu à 40 ans, le chef du Mouvement de la tendance islamique qui deviendra Ennahda (la Renaissance), qu’Habib Bourguiba combattra avec force. Après une brève lune de miel à l’arrivée de Ben Ali en 1987, il prendra le chemin de l’exil londonien deux ans plus tard. Nous l’avons contacté par téléphone.

– Comme leader d’Ennahda, le parti islamiste tunisien non reconnu, comment réagissez-vous aux événements?

Rachid Ghannouchi: On assiste à une véritable Intifada (soulèvement). Les gens en ont assez de ce régime, des injustices de sa politique et des personnes qui le dirigent. Tout a été confisqué et les gens manquent de tout, à commencer par la liberté.

– Croyez-vous que ce régime soit réformable»?

– Je ne le crois pas, étant donné sa nature mafieuse. La population ne veut plus de la corruption et réclame une vraie démocratie et non pas cette façade.

– Que reste-t-il du mouvement islamiste tunisien qui a été sévèrement réprimé par le pouvoir pendant deux décennies?

– Je n’ai pas du tout la prétention de dire que nous sommes à la base du mouvement de révolte actuelle, loin de là. En revanche, le régime dictatorial n’a pas réussi à nous éradiquer comme il l’espérait, car nous sommes au sein de la population tunisienne, nous en faisons partie. L’avenir du pays appartient à tous les partis, y compris Ennahda.

– Et le RCD, le parti du président Ben Ali

– Non! C’est une coquille vide, pas un parti, il appartient au système sécuritaire et mafieux.

– Des gens proches de votre mouvement, en Tunisie, ont négocié des textes fondamentaux avec d’autres partis, laïcs, ces dernières années, où en êtes-vous?

– Ces textes existent, en effet, signés par les membres du mouvement dit du «18 octobre». Nous avons des accords sur le projet de société, au niveau culturel et autres avec plusieurs partis comme le Parti démocratique progressiste et le Parti communiste ouvrier. Nous sommes d’accord de mettre en œuvre une société sur des bases démocratiques comportant le respect des droits de l’homme et la liberté religieuse. Quant au statut de la femme [ndlr: plus proche de l’égalité avec l’homme que n’importe quel régime arabe depuis les réformes d’Habib Bourguiba dans les années 1960] nous l’avons accepté en 1988 déjà.

– Avez-vous l’espoir de pouvoir rentrer rapidement au pays»?

– Oui! Le système du parti unique est fini. Ce régime mafieux est fini, la population veut s’en débarrasser et son Intifada vaincra.