Par ici la sortie… Un accord a été trouvé dimanche soir pour mettre en œuvre un gouvernement de coalition excluant Georges Papandréou, a annoncé un communiqué de la présidence grecque. Celui-ci sera notamment chargé de mettre en œuvre le plan d’austérité réclamé à Athènes par l’Union européenne en échange du plan d’aide au désendettement. La Grèce a ainsi «appris à ses dépens que les pays isolés n’ont plus grand-chose à dire quand l’euro est menacé», analyse le quotidien de centre gauche autrichien Der Standard, dans la traduction qu’en a faite le site Eurotopics: «Le pays a urgemment besoin d’argent, au plus tard dans quatre semaines. Afin que les partenaires de l’euro et du FMI puissent transférer leurs milliards, ils ont toutefois besoin de structures décisionnelles viables à Athènes. Un cercle vicieux dont Papandréou, mis sous pression, est le dernier responsable. Il a joué risqué trop longtemps avec une mise trop élevée.»

Mais qui sera alors le nouveau premier ministre? D’aucuns parient sur «le ministre des Finances actuel, Evangélos Venizélos, qui se [rend] ce lundi à la réunion de l’Eurogroupe, selon l’accord trouvé dimanche soir. Il est en charge des négociations depuis la mi-juin». Mais «avec son nom, ajoute Le Parisien, est cité celui de Lucas Papademos, conseiller de Papandréou et ancien vice-président de la Banque centrale européenne». Le journal libéral Kathimerini – que l’on peut également lire en anglais sur le Net – avance, lui, l’hypothèse de Stavros Dimas, ex-commissaire européen à l’Environnement, qui accompagnait samedi Antonis Samaras [le président du parti conservateur grec] lors d’une intervention télévisée.

Quoi qu’il en soit, «la tâche du prochain gouvernement s’annonce rude», prévient Radio France internationale. «Il ne pourra pas remettre en cause la politique d’austérité à l’œuvre depuis un an et demi, il sera obligé de mettre en application l’accord de Bruxelles et son programme d’échanges de titres bancaires, et il devra s’en tenir strictement aux réformes afin de pouvoir toucher d’ici au 15 décembre la sixième tranche du prêt accordé en mai 2010. Et s’il veut toucher dans les dix-huit mois qui viennent les 37 milliards d’euros restants sur les 110 décidés au départ, il devra là aussi rester fidèle à la rigueur fixée par l’Union européenne et le FMI, le Fonds monétaire international. C’est ce qui fait dire à beaucoup de Grecs, et ce n’est pas nouveau, que le pays est sous tutelle.»

Sous tutelle d’«un gouvernement transitoire d’union nationale mené par un premier ministre qui puisse être au-dessus des partis, explique le quotidien néerlandais De Volkskrant. Une revendication logique.» Mais dure «à avaler pour Papandréou, qui a surmonté de nombreuses tempêtes avec une fermeté honorable. La Grèce connaît toutefois une véritable crise nationale qui nécessite une grande habileté politique.»

Mais hélas, pour le journal économique grec de centre gauche Imerisia, «on parle partout du manque criant de grands dirigeants, aussi bien en Europe que dans notre pays. Les aventures de la zone euro se justifient souvent par une direction politique trop faible. […] On pourrait dire la même chose de l’élite politique grecque. […] Au lieu d’assumer leurs responsabilités et de servir les intérêts de notre pays», elle ne s’intéresse qu’au pouvoir: «Tous les citoyens l’ont remarqué. Nous entendons les politiques nous répéter sur un ton monotone qu’ils luttent pour les intérêts des citoyens, mais plus personne ne les croit. La confiance s’est étiolée.» Finalement, «jamais un gouvernement démocratiquement élu n’a eu un mandat aussi catastrophique et allant à l’encontre des intérêts du peuple, que celui de Georges Papandréou», estime à Athènes To Ethnos.

Et ce ne sont pas les élections anticipées prévues le 19 février 2012 qui apaiseront le pays, redoute le quotidien de centre gauche britannique The Guardian: «La Grèce entrera dans une période électorale tendue qui éprouvera davantage les finances publiques (avec une chute rapide des recettes et des dépenses en hausse). Plus important, cela ne résoudra pas les problèmes d’instabilité politique et de légitimité. Il est très peu probable que les élections accouchent d’un gouvernement fort et stable. Elles amorceront plutôt un nouveau cycle de négociations pour former une coalition et parvenir à s’entendre sur un programme politique qui soit en accord avec les conditions du fonds de secours de la zone euro. Les événements actuels sont d’une manière ou d’une autre une évolution positive. Mais l’avenir n’en est pas plus rose pour autant – ni aujourd’hui, ni prochainement.»

«Bienvenue dans la nouvelle Europe», conclut le Daily Telegraph de Londres, qu’a lu et traduit le site Presseurop. Bienvenue dans cette communauté d’intérêts où un «consensus règne désormais: il n’y a que par l’union budgétaire, et plus seulement monétaire, que l’on peut espérer faire fonctionner la monnaie unique. Mais cela signifie aussi que les intimidations vont devenir la règle, puisque la souveraineté nationale devra régulièrement courber l’échine face aux diktats de la Banque centrale européenne, ainsi que de ce Ministère des finances européen dont la création n’est plus qu’une question de temps. Deux institutions qui, évidemment, seront sous la domination de la première économie de la zone euro, l’Allemagne.»

Les «coupables» de cette évolution que d’aucuns voient comme aussi tragique que la situation grecque? «Les dirigeants de l’UE, selon le quotidien polonais Rzeczpospolita, qui ont leurré l’opinion publique européenne en brandissant la vision d’une Europe de plus en plus démocratique, où les citoyens auraient de plus en plus leur mot à dire. Au lieu de cela, ils ont accouché d’un système qui n’a pas grand-chose à voir avec la démocratie. D’un côté, ils ont imposé diverses lois de force, au mépris de la vox populi, et de l’autre, obsédés par l’idée d’une fédération politique et économique, ils ont engagé l’avenir de tout le continent sur des décisions prises par des gouvernants pas très sages dans des pays pas si gros que cela.»