La semaine dernière, ils n’étaient qu’une dizaine de démocrates du Congrès à annoncer qu’ils boycotteraient la cérémonie d’investiture de Donald Trump. Les voilà près d’une cinquantaine, tous des élus de la Chambre des représentants. C’est la première fois dans l’histoire des Etats-Unis qu’autant de membres du Congrès tournent le dos à une prestation de serment présidentielle.

Donald Trump a annoncé une cérémonie «grandiose», elle sera surtout unique. Jamais depuis 40 ans un président sur le point d’être officiellement investi n’a été autant impopulaire. C’est ce que souligne un récent sondage réalisé pour ABC et le Washington Post. Donald Trump, avec 40% d’opinions favorables, est deux fois moins populaire que Barack Obama en janvier 2009.

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Jamais une investiture ne s’est déroulée dans un contexte aussi tendu, alors que Moscou est accusé par la CIA d’avoir interféré dans la présidentielle américaine dans le but de faire élire le républicain new-yorkais, et que des rumeurs de chantage stipulant que les Russes seraient en possession de documents embarrassants pour Donald Trump circulent. C’est aussi une des premières fois qu’une transition entre deux présidents se fait de manière aussi compliquée et chaotique. Voilà pourquoi l'«Inauguration Day» de ce vendredi, qui se déroule sous haute protection, ne ressemblera à aucun autre.

Irrespect sanctionné

Les parlementaires qui boycottent la cérémonie confirment la plupart qu’ils contestent la légitimité de Donald Trump, en raison de l’affaire des cyberattaques russes, et parce qu’ils le considèrent comme un danger pour la démocratie. Par cet acte de défiance, ils sanctionnent aussi ses excès, son comportement irrespectueux envers les minorités, le fait qu’il «prêche la division et la haine».

C’est bien la décision de John Lewis, icône du mouvement de défense des droits des Afro-Américains, ancien compagnon de route de Martin Luther King et membre du Congrès depuis 1987, qui a provoqué ces derniers jours une avalanche de réactions similaires. Ou plutôt la manière dont Donald Trump l’a harponné sur Twitter. En 2000, de nombreux démocrates étaient furieux de la victoire de George W. Bush sur Al Gore, après le psychodrame du recomptage des voix dans l’Etat de Floride et du recours devant la Cour suprême. Mais à de rares exceptions près, ils avaient quand même assisté à la cérémonie d’investiture.

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Il y a les contestataires du Congrès, mais aussi les citoyens américains qui montent à Washington pour exprimer leur colère ou désapprobation. Et là, aussi, on assiste à une nouvelle situation: près de 99 groupes, du jamais vu, ont obtenu des autorisations pour manifester, des pros et anti-Trump. Parmi eux, le collectif «DisruptJ20», qui entend défier et bloquer la douzaine de barrages de sécurité prévus au Capitole. Ses membres ont déjà organisé, mercredi soir, une «Queer Dance Party» devant la maison du vice-président Mike Pence, qu’ils considèrent comme homophobe et anti-LGBT.

Un «mur de viande»

Sur leur site internet, ils donnent des conseils sur la meilleure façon de se comporter en cas d’arrestations de la police. Déterminés, ils font surtout savoir qu’ils mèneront aussi des actions non autorisées et annoncent vouloir organiser une «rébellion bouillonnante».

C’est surtout la Marche des femmes, prévue samedi, qui devrait drainer beaucoup de monde vers la capitale. Une marche de protestation dont l’idée est née suite aux propos sexistes et outranciers tenus pendant la campagne présidentielle censée rester digne, mais à laquelle des groupuscules moins pacifistes pourraient venir se greffer. La police s’attend à ce qu’entre 250 000 et 500 000 personnes participent à l’événement. En 2001, la prestation de serment de George W. Bush avait attiré beaucoup moins de contestataires. Mais en raison de services de sécurité moins organisés, des heurts ont eu lieu.

C’est bien ce que les 5000 «Bikers for Trump» qui se sont annoncés, veulent éviter. Ils sont bien décidés à protéger leur président et empêcher tout débordement. Le fondateur Chris Cox a fait savoir qu’ils étaient prêts à former un «wall of meat» («mur de viande»), si besoin.

Scott White, directeur du programme de cybersécurité à la George Washington University, estime que le comportement de Donald Trump sur Twitter et le langage utilisé l’exposent à de nouveaux risques. Pour le professeur, il l’a dit au Washington Post, «son utilisation des réseaux sociaux a tendance à enflammer l’attitude des gens envers lui». «Cette méthode particulière de communiquer avec le public a aussi provoqué une nouvelle forme d’adversité», juge le spécialiste de cybersécurité. C’est ce président-là qui prendra dans les heures qui viennent le contrôle de l’armée la plus puissante du monde et qui recevra les codes de la mallette permettant de déclencher un tir de missile nucléaire à tout moment.


Washington sous haute sécurité

Environ 900 000 personnes sont attendues ce vendredi à Washington, pour voir Donald Trump prêter serment sur sa Bible personnelle et celle d’Abraham Lincoln. Elles étaient 1,8 million à faire le déplacement pour Barack Obama en 2009. Sur le plan sécuritaire, 28 000 membres des forces de l’ordre seront mobilisés. Fouilles complètes, rues et stations de métro bloquées, restrictions sur le plan du survol aérien, hôpitaux en état d’alerte, tireurs d’élites du Secret Service sur les toits, camions remplis de sables pour parer à d’éventuels attentats: Washington a des allures de camp retranché, alors que quatre anciens présidents des Etats-Unis – Barack Obama, Bill Clinton, George W. Bush et Jimmy Carter – seront présents. Coût estimé du dispositif: 100 millions de dollars. Selon Jeh Johnson, secrétaire à la Sécurité intérieure, les craintes principales restent des «actes individuels d’extrémisme», notamment de la part de jeunes loups solitaires qui se sont «autoradicalisés». Devant la presse, s’il a assuré qu’aucune menace concrète n’a été signalée, il a également évoqué les drones comme source d’inquiétude.