Etats-Unis

L’Iowa, le premier choc des deux Amériques

L’Etat du Midwest est la première étape pour les investitures démocrate et républicaine dans la course à la Maison-Blanche. Un test crucial aussi bien pour Donald Trump que pour Hillary Clinton

Devant une foule de plusieurs centaines de personnes réunie à la Grand View University à Des Moines, Hillary Clinton est apparue plus déterminée que jamais. Candidate à l’investiture démocrate pour la Maison-Blanche face au sénateur du Vermont Bernie Sanders et à l’ex-gouverneur du Maryland Martin O’Malley, elle a promis de maintenir et de renforcer l'Obamacare, la réforme de la santé menée par Barack Obama en 2010. Elle a promis de se battre pour toute l’Amérique et non pas pour une minorité de privilégiés. La voix posée mais combative, le regard vif, Hillary Clinton en est consciente: le caucus de l’Iowa qui a lieu aujourd’hui pourrait avoir de fortes incidences sur la suite de la campagne électorale. Selon le quotidien local Des Moines Register, l’ex-patronne de la diplomatie avait une faible avance sur son rival inattendu Bernie Sanders. Mais le «socialiste démocratique» du Vermont reste une menace prise très au sérieux dans le camp Clinton. Une défaite de l’ex-sénatrice dans l'Iowa ainsi que dans le New Hamsphire (9 février), où elle accuse un fort retard sur son rival direct, pourrait changer la dynamique de l’investiture.

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Une autre menace pourrait aussi faire dérailler son chemin vers la Maison-Blanche: la messagerie privée qu’elle a utilisée quand elle était secrétaire d’Etat. La semaine dernière, le Département d’Etat a déclaré que dans les dizaines de milliers de courriels d’Hillary Clinton qu’il devait publier, vingt-deux courriels ne le seront pas. Ils contiennent des informations ultra-secrètes. Cette révélation contredit ce que l’ex-secrétaire d’Etat avait déclaré au début de la polémique: que sa messagerie ne contenait aucune information classifiée. La nouvelle a été mal prise par le camp de la démocrate moins de trois jours avant le caucus de l’Iowa. Elle met à nouveau en lumière l’un des principaux écueils pour l’ex-First Lady: nombre d’Américains ne lui font pas confiance. Ancienne juge de district à Tulsa en Oklahoma, Dinda Post a tenu à venir écouter Hillary Clinton en Iowa. Elle ne voit pas la question de confiance comme un obstacle: «Je suis ravie qu’elle revienne sur la scène politique. Cela montre qu’elle est une battante et qu’elle est résiliente. C’est ce dont on a besoin à la tête des Etats-Unis.» Et Bernie Sanders? «J’aime beaucoup Bernie, mais je pense qu’Hillary est plus pragmatique pour mettre en œuvre les bonnes idées du sénateur.»

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La participation des jeunes, déterminante pour Bernie Sanders

Au Social Club, un lieu branché du centre de Des Moines, Isaac Shella-Stevens, étudiant en informatique de 20 ans, vient d’assister à une soirée intitulée «Music for Bernie». Son choix est déjà fait. «Quand Hillary Clinton dit qu’elle s’intéresse au sort de la classe moyenne, je n’y crois pas. Mais j’avoue que Bernie exagère quand il parle de révolution politique. Le capitalisme doit être mieux contrôlé, mais l’Amérique ne va pas le jeter aux orties.» Son ami Sam Eggers, étudiant infirmier, est aussi un partisan de Bernie Sanders: «Son message est le même depuis les années 1970 et prouve qu’il avait raison. Sans lui, nous n’irions sans doute pas voter.» En 2008, Barack Obama avait réussi à mobiliser massivement les milléniaux qui ont tendance à moins se rendre aux urnes. Bernie Sanders, qui cherche à créer le même enthousiasme dans cette frange de la population, ne gagnera l’Iowa que si la participation des jeunes est massive.

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Chez les républicains, l’Iowa devrait permettre de décanter une situation encore très confuse. Ceux qui disent soutenir le candidat Donald Trump vont-ils se rendre aux urnes? Le scrutin permettra de mesurer la viabilité et la solidité de la campagne du milliardaire new-yorkais. En tête des sondages en Iowa, il continue la même stratégie: occuper l’espace des médias traditionnels et sociaux à tout prix. Son message contre l’establishment n’épargne personne et vise des cibles plutôt inattendues. Refusant de participer jeudi dernier au débat télévisé des républicains, il a voulu faire un pied de nez à la chaîne Fox News, pourtant gardienne acharnée du conservatisme. Le verbe s’affole, ne connaît aucune limite et n’épargne aucun rival. Quand il parle de Ted Cruz, il parle du «Canadien», en référence au fait qu’il est né au Canada dont il avait la nationalité jusqu’en 2014. Employé dans une usine de machines d’emballage à Davenport, en Iowa, Tom Riggins illustre toutefois le défi de Donald Trump: «J’étais prêt à voter pour lui, mais sa manière de traîner l’Amérique dans la boue, de snober le débat télévisé m’a fait changer d’avis. Je jette maintenant mon dévolu sur Ted Cruz, qui promet de restaurer le respect de la Constitution.» D’un meeting électoral à l’autre, la Constitution est le thème le plus souvent mentionné. Comme une incantation à une Amérique d’antan idéale, celle des pères fondateurs. Du sénateur de Floride Marco Rubio, qui pourrait sortir du caucus de l’Iowa comme le favori de l’establishment, à Ted Cruz en passant par Rand Paul, beaucoup fustigent la manière dont le président Barack Obama fait usage de son pouvoir exécutif. «Dès mon arrivée à la Maison-Blanche, promet Ted Cruz, qui se réclame du reaganisme, j’annulerai tous les décrets présidentiels illégaux d’Obama.»

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