«Pourquoi elle, la Mère Teresa irakienne?» Les titres de la presse britannique disent depuis deux jours l'émotion ressentie outre-Manche après l'annonce de l'exécution vraisemblable de Margaret Hassan. Le décès probable de cette Irlando-Britannique qui vivait depuis trente ans en Irak, avait pris la nationalité irakienne, épousé un Irakien et s'était convertie à l'islam, a été annoncé à sa famille la semaine dernière. La télévision qatarie Al-Jazira venait de recevoir la vidéo sur laquelle l'otage est assassinée d'une balle dans la tête. Guère plus d'un mois après la décapitation d'un autre otage, Ken Bigley, la mort de la responsable de l'ONG Care en Irak et les difficultés des soldats de Sa Majesté sur le sol irakien achèvent de renforcer la population britannique dans son rejet du conflit. Tony Blair, lui, maintient son cap, comme il a eu l'occasion de le rappeler il y a quelques jours alors qu'il se trouvait à Washington aux côtés de George Bush.

En démarrant hier tout à trac son discours dans le cadre du 27e sommet franco-britannique, qui se tient à Londres jusqu'à ce soir, par un hommage à Margaret Hassan, Jacques Chirac ne s'est pas privé d'inviter l'Irak au menu, plus d'un an et demi après que la bravade de la France à l'ONU ne refroidisse durablement les relations entre Paris et Londres. Mais il se devait aussi d'arrondir les angles pour ce sommet qui coïncide avec la fin des festivités pour les 100 ans de l'Entente cordiale. Le président français s'est donc évertué à souligner combien Paris et Londres «ont, plus de convergences de vues que de divergences en dehors de l'Irak». De fait, il est vrai que, sur l'Iran, l'Afrique ou le climat, la coopération va plutôt crescendo.

Souvent taclé outre-Manche pour son «arrogance», Jacques Chirac a donc pour partie ménagé sa monture, concédant sur l'Irak un habile «Qui avait tort, qui avait raison, seule l'Histoire le dira». Paris a en outre grand besoin d'afficher son amitié avec Londres qui hérite coup sur coup de la présidence du G8 en 2005, puis de celle de l'Union européenne en juillet. Hier, le chef de l'Etat français s'est ainsi félicité que Londres ait inscrit au chapitre des priorités la lutte contre le réchauffement planétaire et le développement.

Partenariat transatlantique équilibré

Pourtant, tout en louant que l'on travaille «main dans la main» de part et d'autre de la Manche, Jacques Chirac n'a pas non plus cherché à aplanir les différends. Dans la presse britannique, il avait donné le ton en début de semaine, déclarant qu'il ne voyait pas quel bénéfice Londres pouvait avoir tiré de son soutien à l'intervention américaine en Irak. Le président français a rempilé, hier, en précisant: «Si vous observez l'évolution du monde au regard de la sécurité et du développement du terrorisme, vous ne pouvez pas dire de façon crédible que la situation s'est sensiblement améliorée.» Jacques Chirac n'a pas non plus manqué de souligner aussi que le lien atlantique, certes «incontournable», exige toutefois que «chacun ait conscience du respect qu'il doit à l'autre». Avant de gagner le château de Windsor où la reine Elisabeth II faisait donner la comédie musicale Les Misérables, Jacques Chirac a encore enfoncé le clou hier après midi, en soulignant la préférence de la France pour «un multilatéralisme qui doit s'appuyer sur une organisation des Nations unies rénovée et renforcée». Prônant «un partenariat transatlantique équilibré», il a rappelé que «c'est en reconnaissant la réalité nouvelle d'un monde multipolaire et interdépendant que nous parviendrons à bâtir un ordre international plus sûr et plus juste».