Le procureur général iranien, Mohammad Jafar Montazeri, a annoncé que la police des mœurs a été abolie par les autorités compétentes, a rapporté dimanche l’agence Isna.

«La police des mœurs n’a rien à voir avec le pouvoir judiciaire, et elle a été abolie par ceux qui l’ont créée», a-t-il affirmé samedi soir dans la ville sainte de Qom. Lors d’une conférence religieuse, le procureur général répondait à la question d’un participant qui lui demandait «pourquoi la police des mœurs a été fermée».

La police des mœurs, connue sous le nom de Gasht-e Ershad (les «patrouilles d’orientation»), a été créée sous le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, pour «répandre la culture de la décence et du hijab». Elle est formée d’hommes en uniforme vert et de femmes portant le tchador noir, qui couvre la tête et le haut du corps. Cette unité a commencé ses premières patrouilles en 2006.

Méfiance des militants

A en croire des avis sur les réseaux sociaux, cette annonce de dimanche matin est accueillie avec circonspection par la jeunesse. Certaines et certains craignent une manœuvre de diversion.

Le rôle de cette police a évolué au fil des années, mais il a toujours divisé, même parmi les candidats à la présidentielle. Sous le mandat du président modéré Hassan Rohani, on pouvait croiser des femmes en jeans serrés portant des voiles colorés.

Mais en juillet dernier, son successeur, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, a appelé à la mobilisation de «toutes les institutions pour renforcer la loi sur le voile». Il déclarait que «les ennemis de l’Iran et de l’islam voulaient saper les valeurs culturelles et religieuses de la société en répandant la corruption».

Les femmes qui enfreignent le strict code vestimentaire de la République islamique d’Iran risquaient d’être embarquées par cette unité.


Les autorités seraient prêtes à lâcher du lest sur le voile

Auparavant, samedi, les autorités ont demandé à la justice et au parlement de revoir une loi de 1983 sur le port du voile obligatoire en vue de trouver une issue au mouvement de contestation qui a fait des centaines de morts depuis deux mois et demi.

L’Iran est confronté à des manifestations quotidiennes depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée trois jours auparavant par la police des mœurs pour avoir enfreint le code vestimentaire de la République islamique imposant notamment aux femmes de porter le voile en public. Depuis, les Iraniennes ont été le fer de lance des manifestations et certaines ont enlevé et brûlé par défi leur foulard.

Samedi, le procureur général d’Iran, Mohammad Jafar Montazeri, a annoncé que «le parlement et le pouvoir judiciaire travaillaient» sur la question du port du voile obligatoire, sans préciser ce qui pourrait être modifié dans la loi, d’autant que le président ultra-conservateur, Ebrahim Raïssi, a imposé cet été de nouvelles restrictions vestimentaires.

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Deux camps s’affrontent dans le pays

Il s’agit d’une question ultra-sensible en Iran, sur laquelle s’affrontent deux camps: celui des conservateurs qui s’arc-boutent sur la loi de 1983 rendant le port du voile obligatoire et celui des progressistes qui veulent laisser aux femmes le droit de choisir de le porter ou non.

Le voile est devenu obligatoire en Iran quatre ans après la révolution islamique de 1979. Selon la loi en vigueur depuis 1983, les femmes iraniennes et étrangères, quelle que soit leur religion, doivent porter un voile et un vêtement ample en public. Et depuis le 5 juillet, une loi «sur le voile et la chasteté du pays», mise en place par le président Raïssi, impose de nouvelles restrictions aux femmes. Le foulard obligatoire doit couvrir, en plus des cheveux, le cou et les épaules.

Les «méthodes de mise en œuvre» pourraient être «infléchies»

Mais lors d’une conférence de presse samedi à Téhéran, le chef de l’Etat semble avoir ouvert la porte à de possibles changements: «Notre constitution a des valeurs et des principes solides et immuables […], mais il existe des méthodes de mise en œuvre de la Constitution qui peuvent être infléchies», a-t-il dit.

Depuis la mort Mahsa Amini et les manifestations qui ont suivi, un nombre grandissant de femmes se découvre la tête, notamment dans le nord huppé de Téhéran. Le 24 septembre, soit une semaine après le début des manifestations, le principal parti réformateur d’Iran a exhorté l’Etat à annuler l’obligation du port du voile.

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La demande de l’opposition

L’Union du peuple de l’Iran islamique, formé par les proches de l’ex-président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005), a dit «exiger» des autorités qu’elles «préparent les éléments juridiques ouvrant la voie à l’annulation de la loi sur le port du voile obligatoire», selon un communiqué publié fin septembre. Cette formation, qui n’est pas au pouvoir, réclame en outre que la République islamique annonce «officiellement la fin des activités de la police des mœurs» et «autorise les manifestations pacifiques», ajoute le texte.

448 victimes

L’Iran, qui voit dans la plupart des manifestations des «émeutes», accuse notamment des forces étrangères d’être derrière ce mouvement pour chercher à déstabiliser la République islamique. Au total, 448 manifestants ont été tués à travers le pays depuis le début du mouvement, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.

Le Conseil suprême de la sécurité nationale a déclaré samedi que «plus de 200 personnes» incluant civils et forces de sécurité avaient été tuées en deux mois et demi de protestations. Lundi, le général Amirali Hajizadeh, du corps des Gardiens de la Révolution, avait lui fait état de plus de 300 morts.

Des milliers de personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement. Samedi, une nouvelle actrice de cinéma, Mitra Hajjar, a été interpellée à son domicile. Elle a récemment publié sur son compte Instagram une vidéo sur des manifestations en octobre à Berlin en soutien au mouvement en Iran.

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Quatre exécutions ce dimanche

Quatre Iraniens ont été exécutés en Iran après leur condamnation à mort pour «coopération» avec Israël, ennemi juré de la République islamique, a annoncé dimanche la justice. «Ce matin, les sentences contre quatre des principaux membres du groupe de voyous lié aux services de renseignements du régime sioniste [Israël], ont été exécutées», selon l’agence du pouvoir judiciaire Mizan Online. (AFP)