L'Iran a annoncé jeudi avoir abattu un «drone espion américain» qui avait violé son espace aérien. Cet incident intervient dans un contexte de tensions croissantes dans le Golfe faisant redouter l'éclatement d'un conflit ouvert entre Washington et Téhéran.

L'appareil, un modèle Global Hawk (du fabricant américain Northrop Grumman), a été abattu «aux premières heures de la journée», au dessus de la province côtière d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, selon un communiqué des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.

Il a été abattu par un «missile» de la force aérospatiale des Gardiens, au large de la côte face au mont Mobarak, «après avoir violé l'espace aérien iranien», ajoute le texte, sans fournir davantage de détails.

Washington a confirmé que l'Iran avait abattu un drone américain, mais nie que celui-ci ait violé l'espace iranien. L'appareil se trouvait «dans l'espace aérien international» et «les informations iraniennes selon lesquelles l'engin aérien survolait l'Iran sont fausses», écrit le Pentagone dans un communiqué.

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Mise en garde

Selon la télévision d'Etat iranienne, cette zone se trouve dans le comté du port de Jask, sur la mer d'Oman. Aucune image de l'appareil détruit n'avait été publiée par les médias iraniens en milieu de matinée.

Cette annonce a été suivie d'une sérieuse mise en garde. La violation des frontières de la République islamique d'Iran est la «ligne rouge» à ne pas franchir, a prévenu quelques heures plus tard le général de division Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens. «Notre réaction est, et sera, catégorique et absolue», a-t-il tonné, cité par l'agence de presse Tasnim.

Des tensions exacerbées

L'incident survient dans un contexte de tensions exacerbées entre l'Iran et les Etats-Unis. La province d'Hormozgan borde le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour l'approvisionnement mondial de pétrole.

L'armée américaine a intensifié mercredi ses accusations contre l'Iran, qu'elle tient responsable de l'attaque des deux tankers touchés par des explosions le 13 juin en mer d'Oman. Téhéran a nié toute implication dans ces attaques, laissant plutôt entendre qu'il pourrait s'agir d'un coup monté des Etats-Unis pour justifier le recours à la force contre la République islamique.

En dépit des affirmations répétées de responsables américains et iraniens selon lesquelles leur pays respectif ne cherche pas la guerre, l'escalade récente des tensions dans le Golfe fait craindre qu'une étincelle ne mette le feu au poudre.

«Risque de guerre dans le Golfe»

En visite à Paris, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a mis en garde en estimant que «le risque de guerre dans le Golfe n'était pas écarté». Paris et Berlin ont appelé à la «désescalade» via un dialogue avec toutes les parties.

Les tensions vont croissant entre la République islamique et les Etats-Unis depuis que Donald Trump a décidé il y a une année de retirer son pays de l'accord international de 2015 sur le nucléaire iranien et de rétablir de lourdes sanctions contre Téhéran, privant ainsi l'Iran des bénéfices économiques qu'il attendait de cet accord.

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La tension a encore gravi un échelon avec les attaques d'origine encore inconnue contre deux navires-citernes en mer d'Oman, présentant des similitudes avec les actes de sabotage ayant endommagé un mois plus tôt quatre navires à l'entrée du Golfe, et pour lesquelles Washington tient également pour coupable l'Iran, qui dément toute implication.

Une «mine-ventouse»

Mercredi, le Centcom, état-major américain chargé des opérations de l'armée américaine de la Corne de l'Afrique à l'Asie centrale, a affirmé qu'une explosion survenue à bord du tanker japonais Kokuka Courageous, l'un des deux navires attaqués le 13 juin, avait été provoquée par une mine-ventouse «semblable à celles utilisées par l'Iran».

Le général Amir Hatami, ministre de la Défense iranien, a rejeté «catégoriquement» mercredi les accusations américaines, les jugeant infondées.

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