Droits de l’homme: l’Iran n’écoute que les conseils des Etats amis

Genève La République islamique passait son grand oral devant le Conseil des droits de l’homme. Le mécanisme est parfois très efficace

«La Biélorussie salue les améliorations impressionnantes de l’Iran en matière de droits de l’homme.» «L’Iran doit renforcer les droits de ses citoyens face aux sanctions économiques», continue le représentant du Soudan. La Syrie condamne le «terrorisme» auquel fait face son indéfectible allié. Une déclaration en écho à celle de l’imposante délégation iranienne venue à Genève, qui a dénoncé le meurtre de scientifiques liés à son programme nucléaire par des «étrangers bien connus».

L’Iran passait vendredi son grand oral au Conseil des droits de l’homme (CDH). Après la présentation iranienne, chaque pays faisait ses recommandations. C’était la seconde fois que Téhéran se pliait à l’examen périodique universel (UPR), la principale innovation du conseil créé il y a huit ans.

L’exercice donne lieu à un échange d’amabilités ou de critiques, selon la nationalité de l’orateur. Par exemple, la Suisse s’est inquiétée du «recours croissant à la peine de mort». Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, qui négocient pourtant avec Téhéran sur le volet nucléaire, n’ont pas modéré leur jugement.

D’autres mauvais élèves

L’état des lieux dit davantage sur les rapports géopolitiques que sur la situation réelle des droits de l’homme dans le pays examiné. Mais, contre toute attente, le mécanisme produit des résultats. Selon une étude menée par l’ONG UPR Info et présentée vendredi en marge de l’examen de l’Iran, près de la moitié des recommandations faites aux Etats durant leur oral sont suivies de mesures concrètes.

«Ces résultats sont particulièrement encourageants», se réjouit Jean-Claude Vignoli, le directeur des programmes d’UPR Info. Et de citer la Chine qui a réduit le nombre de crimes passibles de la peine de mort comme ses pairs le lui avaient suggéré.

La magie n’opère visiblement pas sur Téhéran. «Aucune des recommandations faites lors du précédent examen de l’Iran n’a été suivie d’effets, tranche Nicolas Agostini, le représentant de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) à Genève. Bien sûr, je n’inclus pas les recommandations amicales.»

L’Iran ne fait pas partie des meilleurs élèves, reconnaît Jean-Claude Vignoli. «La Russie ou les Etats-Unis sont dans le même cas», signale-t-il, tout en se refusant à établir un classement. «L’UPR produit surtout des résultats en Afrique et en Amérique du Sud, où la société civile s’est approprié cet outil. Mais, c’est vrai, plus les recommandations sont précises et mesurables, moins elles sont appliquées», continue Jean-Claude Vignoli.

Exécutions record

Parmi les mesures concrètes réclamées à l’Iran, la France ou l’Allemagne ont plaidé pour un moratoire sur la peine de mort, à commencer pour les mineurs. Selon le rapporteur spécial sur l’Iran, le Maldivien Ahmed Shaheed, 852 personnes, dont au moins 8 avaient moins de 18 ans au moment des faits, ont été exécutées depuis l’arrivée au pouvoir du président Hassan Rohani, considéré comme réformateur, en août 2013. Soit le plus grand nombre d’exécutions par habitant au monde.

A la tribune, le chef de la délégation iranienne, Mohammad Javad Larijani, a justifié la pendaison samedi de Reyhaneh Jabbari. La jeune femme avait poignardé en 2007 un homme qu’elle accusait d’avoir tenté de l’abuser sexuellement. L’officiel iranien s’est retranché derrière la séparation des pouvoirs. «L’accusée a eu plusieurs avocats et de nombreux juges ont examiné cette affaire. Après le verdict définitif, je suis moi-même allé voir la famille de la victime pour lui demander d’accorder son pardon à la meurtrière. Mais avec toute la campagne et la propagande autour de ce cas, elle a malheureusement refusé.»

«J’ai moi-même défendu Reyhaneh Jabbari, réagit Shadi Sadr, une avocate qui a fui l’Iran en 2009. La première année de sa détention, elle n’a pas eu accès à un avocat et a été placée en isolement pendant huit mois. Les autorités se réfugient derrière les victimes pour continuer les exécutions», dénonce-t-elle. En Iran, aucun activiste n’a pris le risque de venir à Genève.