Faut-il mettre en relation ses différentes déclarations? Coup sur coup, le Guide suprême iranien Ali Khamenei est sorti, ces derniers jours, d’une réserve relative pour donner la marche à suivre à son pays, puis à son armée. Plus que montrée du doigt, l’Arabie saoudite, cet archi-rival sunnite, est menacée du pire. Quant aux Etats-Unis – avec lesquels l’Iran a conclu un accord sur le dossier nucléaire le 14 juillet dernier – l’affaire est entendue: «Ils cherchent à désintégrer les Etats de la région (lire, la Syrie et l’Irak) et à créer des petits pays obéissants. Mais, avec l’aide de Dieu, nous ne les laisserons pas faire.»

«Pour l’instant, ceux qui attendaient un changement dans la politique extérieure iranienne à la suite de l’accord sur le nucléaire en sont pour leurs frais, constate Thierry Kellner, enseignant à l’Université libre de Bruxelles. C’est bien l’inverse qui semble se produire avec, notamment, un net raidissement vis-à-vis de l’Arabie saoudite.»

L’Iran, il est vrai, est en deuil. Parmi les centaines de victimes qui jonchaient le sol de la Mecque la semaine dernière, après une bousculade meurtrière survenue lors du pèlerinage, au moins 465 venaient d’Iran. Depuis lors, Téhéran n’a pas perdu une occasion de dénoncer «l’incurie» de l’Arabie saoudite. «La République islamique d’Iran s’est retenue jusqu’ici et a montré respect et décence musulmane», affirmait Ali Khamenei mercredi, dans un discours retransmis à la télévision. «Mais ils (les Saoudiens) doivent savoir que l’Iran a le bras long», menaçait le guide suprême en promettant de «dures» mesures de représailles.

Des représailles? Cette semaine, les Saoudiens ont annoncé avoir arraisonné un bateau iranien rempli d’armes à destination de la rébellion houthie du Yémen. Le Bahreïn, inféodé à l’Arabie saoudite, en a profité pour découvrir, lui aussi, une «importante cache d’armes» iraniennes sur son territoire. Le petit émirat du Golfe, tout comme le Yémen, a aussitôt rappelé son ambassadeur à Téhéran. Alors que les Iraniens et les Saoudiens se livrent à plusieurs guerres indirectes (en Syrie, au Yémen, en Irak…), la tension est plus forte que jamais.

«En insistant sur les fautes saoudiennes lors de la tragédie du pèlerinage, l’Iran s’attaque à l’une des principales sources de légitimité des Saoud, qui se proclament les gardiens des Lieux saints de la Mecque et de Médine», souligne Thierry Kellner. Téhéran prône la mise sur pieds d’une commission d’enquête internationale. Ce serait aux «Musulmans «de trancher.

C’est dans ce contexte qu’intervient le deuxième discours d’Ali Khamenei, prononcé jeudi devant les hauts officiers de l’armée iranienne. Les frontières de l’Iran sont menacées, disait-il en substance. «Nous devons accélérer les mouvements de troupe et créer une puissance telle, que nos ennemis n’oseront même pas penser à nous agresser.»

Selon des sources libanaises citées par l’agence Reuters, l’Iran aurait d’ores et déjà dépêché en Syrie des centaines de soldats supplémentaires, dont le rôle serait d’appuyer au sol les opérations aériennes entamées par la Russie. Les Iraniens sont déjà largement présents en Syrie, aux côtés du régime de Bachar el-Assad, par le biais de nombreux conseillers militaires, mais aussi des combattants chiites provenant notamment d’Irak et d’Afghanistan.

C’est ce dimanche que le Parlement iranien, le Majlis, devrait se prononcer sur l’adoption de l’accord conclu avec les grandes puissances au sujet du nucléaire. Les débats ont, semble-t-il, été particulièrement houleux au sein de la commission parlementaire chargée de préparer le terrain. «L’ennemi cherche notre reddition, disait encore le guide suprême. Or, même si nous nous rendions, les hostilités ne disparaîtraient pas.»