Le Temps: Quoi de nouveau avec ce vote?

Mohammad-Reza Djalili: Il amplifie les dernières sanctions qui dataient de 2008. Il vise plus précisément le complexe industrialo-militaire contrôlé par les Gardiens de la révolution, donc le centre du pouvoir. Sur le plan financier, les grandes banques du pays sont touchées. Il faut toutefois relever que l’indépendance énergétique n’est pas menacée. Grâce aux Russes et aux Chinois, le Conseil de sécurité a renoncé à inclure des mesures contre l’approvisionnement en essence dont dépendent les automobilistes iraniens. Cette résolution est mesurée. On peut ajouter que l’Iran subit des sanctions depuis les années 1990 et qu’il a les moyens de les contourner grâce à un prix élevé du pétrole.

– Les sanctions peuvent-elles jouer un rôle politique en Iran?

– Cela aura un effet. La principale critique du mouvement de contestation qui avait éclaté il y a tout juste un an visait la politique de confrontation de Mahmoud Ahmadinejad qui a entraîné l’isolement de l’Iran. De ce point de vue, ce vote leur donne raison. L’Iran n’a jamais été aussi isolé.

– Russes et Chinois avaient déjà voté les précédentes sanctions.

– Oui, mais entre-temps, la Chine est devenue un poids lourd et le premier partenaire commercial de Téhéran. Malgré cela, Pékin n’a pas voulu sacrifier ses relations avec Washington. Ahmadinejad se plaint aussi de la fausse amitié russe. Quant à la Turquie et au Brésil, ils ne sont pas membres permanents du Conseil de sécurité.

– Les précédentes sanctions n’ont pas empêché Téhéran de poursuivre sa voie nucléaire. Pourquoi celles-ci seraient plus efficaces?

– Je doute beaucoup qu’elles le soient. Mais elles dérangent le régime. La situation devient très difficile. L’Iran ne peut plus renouveler sa flotte aérienne. Or c’est le pays où les accidents aériens sont les plus nombreux.

– Mais elles n’affaiblissent pas le régime.

– Depuis un an, le régime a perdu beaucoup de légitimité. Le discours nationaliste pro-nucléaire et anti-américain d’Ahmadinejad n’a jamais été repris par le mouvement vert.

– Quelle sera la riposte? Ahmadinejad a déjà annoncé qu’il rompra les négociations avec l’AIEA.

– Il y aura d’abord de grands cris. Mais l’Iran va continuer de jouer sur plusieurs tableaux. Peut-être dans quinze jours, Ahmadinejad annoncera qu’il est prêt à retourner à la table des négociations. L’Iran ne veut pas se mettre au ban du Traité de non-prolifération (TNP).

– Samedi, on célèbre le premier anniversaire du mouvement vert. Y aura-t-il des manifestations?

– Téhéran est quadrillé par les forces de l’ordre. Le régime impose un climat de terreur. Il n’y aura pas de grandes manifestations mais des incidents isolés dans les universités.