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Durban II

L’Iran prend en otage la Conférence sur le racisme

Le président iranien a livré des propos haineux contre Israël, en ouverture de la conférence de l’ONU contre le racisme

Il est arrivé entouré de gardes du corps et d’officiels et s’est assis à la place réservée à la délégation iranienne dans la salle des Assemblées du palais des Nations archicomble. Puis le président de la Conférence d’examen de Durban, qui se tient à Genève du 20 au 24 avril sur le racisme, a demandé qu’on l’escorte à la tribune. Mahmoud Ahmadinejad commence à peine son discours et déjà le premier esclandre. Des personnes vêtues de perruques de couleur crient «raciste, raciste» et sont évacuées manu militari par le service de sécurité. Le président iranien leur répond du tac au tac: «Pardonnez-leur, elles ne sont pas informées.»

L’attente de l’audience est proportionnelle au risque de dérapage d’une conférence sur le racisme qui a déjà vu plusieurs défections occidentales dont les Etats-Unis et trois membres de l’Union européenne. Le début du discours laisse présager un ton plutôt éthéré: «Que Dieu salue tous les prophètes que sont Jésus-Christ, Abraham, Moïse, Mahomet, ces avocats de l’amour, de la dignité et de la justice.» Dans les rangs de la société civile, les ONG iraniennes et tunisiennes applaudissent à tout rompre. Rapidement toutefois, la référence religieuse laisse place à la diatribe virulente contre l’Occident. Le président iranien parle de siècles de souffrances, d’une «période très noire», fustige l’esclavage et les personnes capturées en Europe et aux Etats-Unis «dans les pires conditions». Ces pratiques ont mené à deux guerres mondiales en Europe qui ont fait des millions de victimes. «Et ceux qui se considèrent comme les vainqueurs (de cette guerre) ont élaboré un ordre du monde qui fait fi des autres peuples. Le Conseil de sécurité de l’ONU en est le legs qui agit selon une logique contraire aux valeurs humaines.»

Le pire est à venir. Comme beaucoup l’ont craint, le président iranien se lance dans une invective véhémente contre Israël. A l’initiative de la France, les 23 pays européens présents quittent la salle sous les huées ou sous les félicitations. Mahmoud Ahmadinejad reste impassible, mais il dira plus tard en conférence de presse que le comportement des Européens lundi après-midi a été «immoral». Il parle de la nécessité d’éradiquer le régime israélien. Il fustige le Conseil de sécurité qui soutient ce régime oppresseur et qui laisse «ces criminels» (israéliens) impunis. Il s’en prend vertement aux Occidentaux qui «perpétuent la politique raciste» de l’Etat hébreu. Dans la salle, les esprits s’échauffent. Mahmoud Ahmadinejad en rajoute encore en condamnant l’arrogance de l’Amérique qui a attaqué la «culture millénaire» de l’Afghanistan. Il joue de la rhétorique pour attribuer les causes de la crise économique mondiale. «Est-ce que cela a commencé en Afrique ou en Asie? Non, cela a commencé aux Etats-Unis et en Europe». Pour le président iranien, le capitalisme et le communisme sont à bout de souffle. Un nouveau système mondial va s’instaurer. Derrière lui, le secrétaire général des Nations unies s’agite. Le chef d’Etat iranien a déjà fait exploser le temps de parole. Ban Ki-moon déplorera plus tard l’utilisation de la Conférence d’examen de Durban par le président iranien pour mettre en accusation, diviser et même provoquer. Le patron de l’ONU avait pourtant mis en garde Mahmoud Ahmadinejad contre tout amalgame entre sionisme et racisme.

A la fin du discours, des représentants d’ONG iraniennes et tunisiennes notamment crient «Allah Akbah», Dieu est grand. Les réactions occidentales sont outrées. Le chef de la diplomatie norvégienne, Jonas Gahr Stoere analyse: «Il est en campagne électorale, il fait son show et obtient ce qu’il veut quand le chaos s’installe dans la salle.» Les capitales européennes condamnent les propos anti-Israël qu’il a tenus. Le président français Nicolas Sarkozy appelle à une «extrême fermeté».

Devant la salle de presse, des dizaines de sympathisants d’Israël brandissent des pancartes «Shame on Ahmadinejad». Porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Pierre Hazan ne laisse planer aucun doute: «Le président iranien a accompli le pire des scénarios. Ses propos, qui attribuent tous les torts à l’Occident et à Israël, sont inacceptables et sont condamnés par les Nations unies.»

L’épisode Ahmadinejad a éclipsé les autres intervenants. En ouverture de la Conférence qui réunit plus d’une centaine d’Etats, 470 ONG, 50 ministres et quelque 4800 personnes au total, la haut-commissaire aux Droits de l’homme, Navi Pillay, a tenu à souligner les succès obtenus dans la lutte contre le racisme depuis la Conférence de Durban en 2001, mais insisté sur le chemin qu’il faut encore parcourir. Ban Ki-moon a surenchéri: «Aucune société n’est immunisée contre le racisme, qu’elle soit petite, grande, riche ou pauvre.» Il s’est félicité de cette conférence qui annonce l’avènement d’une «ère d’un multilatéralisme nouveau» laissant plus de place au dialogue et moins à la confrontation.

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