Au lendemain de l'expiration d'un délai donné par Téhéran à ses partenaires de l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015 (Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), l'Iran a réduit un peu plus mardi ses engagements internationaux en matière nucléaire en annonçant la relance, dans une usine souterraine, d'activités d'enrichissement d'uranium jusque-là gelées.

La mesure, dévoilée par le président Hassan Rohani, est la quatrième phase du plan de réduction des engagements iraniens lancé en mai, en riposte au retrait américain. La porte-parole du département d'Etat américain, Morgan Ortagus, a dénoncé «une tentative claire de chantage nucléaire» de la part de Téhéran «qui va seulement aggraver son isolement politique et économique». Washington poursuivra sa «pression maximale» sur le régime pour négocier un nouvel accord, a-t-elle assuré.

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Disant «comprendre les inquiétudes» de Téhéran face aux sanctions, le Kremlin a dit «observer avec préoccupation le développement de la situation». Paris, Londres et l'Union européenne (UE) ont appelé Téhéran à revenir sur sa décision qui, selon la France, va «à l'encontre de l'accord» de Vienne. La diplomatie européenne en chef, Federica Mogherini, a exhorté l'Iran «à ne pas prendre de nouvelles mesures qui mineraient davantage» ce pacte et rendraient encore «plus difficile» son sauvetage. 

Sévère récession de l'économie iranienne

Selon Hassan Rohani, l'Iran va reprendre les activités d'enrichissement d'uranium dans l'usine de Fordo (à quelque 180 km au sud de Téhéran) gelées en vertu de l'accord de Vienne. Une usine dotée de 1044 centrifugeuses de première génération IR-1 qui tournent à vide ou sont à l'arrêt. «A partir de demain, nous commencerons à injecter du gaz (hexafluorure d'uranium) à Fordo», a détaillé le président iranien, faisant référence au procédé utilisé pour produire de l'uranium enrichi en isotope 235 à partir de ces machines.

Toutes les activités nucléaires de l'Iran restent sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a-t-il précisé. L'Iran est soumis au régime d'inspection le plus strict jamais mis en place par cet organe de l'ONU. A Vienne, Téhéran a accepté de réduire drastiquement ses activités nucléaires -afin de garantir leur caractère exclusivement civil- en échange de la levée d'une partie des sanctions internationales. Mais le retour des sanctions américaines a plongé l'économie iranienne dans une sévère récession.

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Hassan Rohani a assuré que les mesures prises par son pays étaient «réversibles» et que Téhéran restait prête à respecter pleinement ses engagements dès que les autres parties en feront autant en satisfaisant ses demandes. L'Iran exige en particulier de pouvoir exporter son pétrole et que son système financier puisse sortir de l'isolement des sanctions. Jusque-là, Européens, Chinois et Russes se sont montrés incapables d'aider Téhéran.

«Pas une tentative de se rapprocher de l'arme nucléaire»

L'Iran reste engagé dans des «négociations en coulisse [...] avec certains pays», a dit Hassan Rohani, faisant allusion aux efforts menés par la France pour tenter de sortir de l'impasse. Alors que le guide suprême iranien Ali Khamenei a récemment réaffirmé son opposition à tout dialogue avec Washington, un diplomate a jugé «encourageante l'évocation par Hassan Rohani de la poursuite de négociations à huis clos».

Avec sa nouvelle annonce, Téhéran cherche à «pousser son avantage dans les discussions à venir», estime Ellie Geranmayeh, spécialiste de l'Iran au Conseil européen des relations internationales. «Ce n'est pas une tentative de se rapprocher de l'arme nucléaire», écrit-elle sur Twitter, notant que l'AIEA «continue ses inspections intrusives».