L’Iran redevient une nation fréquentable

Rien n’est gagné, mais il paraît certain qu’avant l’été un accord majeur sera signé sur le nucléaire iranien car, comme l’explique l’historien français Alexandre Adler, tout concourt désormais à une entente. La fin de la crise entre Téhéran et Washington, qui dure depuis plus de trente ans, et la levée des sanctions qui pèsent sur la République islamique auront des répercussions massives en Iran mais aussi, par ricochet, dans tout le Moyen-Orient, et au-delà.

Après l’échec des pourparlers à Vienne en novembre, un nouveau cycle de discussions a commencé à Genève en décembre. Les délégations n’ont fait aucune déclaration, mais des signes de bonne volonté sont montrés de part et d’autre. Et malgré les tentatives du Congrès américain pour contrecarrer les efforts de Barack Obama, notamment en imposant de nouvelles sanctions, les désaccords sont sur le point d’être réglés. On est passé d’une fenêtre d’opportunité à une véritable convergence d’intérêts qui pousse Washington et Téhéran à un rapprochement. A cela trois raisons, avance Alexandre Adler. «D’abord, le président iranien, Hassan Rohani, qui a été élu sur un programme de reprise des négociations pour permettre le retour de son pays sur la scène internationale, a engrangé un succès avec la levée partielle des sanctions, à la satisfaction des Iraniens. Ces derniers attendent désormais davantage. L’échec n’est pas concevable.»

«Deuxièmement, les autorités iraniennes prennent très au sérieux les menaces saoudiennes à peine voilées de se doter de l’arme nucléaire au cas où l’Iran ferait de même. Troisièmement, en s’attaquant à l’Irak, en assiégeant ses lieux saints, les djihadistes de l’Etat islamique (EI) s’en prennent directement aux intérêts chiites. L’Iran doit se défendre pro aris et focis, pour ses autels et ses foyers.»

Officiellement, la date butoir pour un accord a été fixée au 1er juillet, mais ce dernier pourrait intervenir avant. Investisseurs et hommes d’affaires sont dans les starting-blocks. Les hydrocarbures ne sont pas le seul secteur concerné, poursuit Alexandre Adler. «Le développement d’infrastructures offre des opportunités. Ce nouveau marché est d’autant plus prometteur que les revenus du pétrole et du gaz pourront couvrir tous les investissements.»

Répercussions

La croissance économique aura des répercussions sociales, mais aussi politiques. Un équilibre sera trouvé entre Ali Khamenei, le guide suprême, et Hassan Rohani. L’apaisement des tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite facilitera la recherche de solutions en Irak et en Syrie pour que dans ces deux pays les sunnites ne soient plus marginalisés. En corollaire, une meilleure collaboration dans la lutte contre l’EI permettra d’endiguer sa progression. «En Afghanistan et au Liban, l’Iran pourrait aussi jouer les pacificateurs. A plus long terme, cette détente pourrait même gagner Israël et profiter aux Palestiniens», se réjouit Alexandre Adler. Un véritable changement de paradigme.