Après l'Irak, l'Iran. Ces derniers jours, Téhéran fait face à une pression de plus en plus forte de la part des Etats-Unis et de l'Union européenne pour se soumettre à des inspections sans conditions de ses installations nucléaires, soupçonnées de produire de l'uranium enrichi pouvant servir à la fabrication de l'arme nucléaire. En début de semaine, les ministres européens des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles, exigeaient de l'Iran une «transparence complète» sur son programme nucléaire. Dans le même temps, depuis son ranch texan, George Bush accusait Téhéran – ainsi que Damas – d'abriter des terroristes. Enfin Israël estime que la république islamique menace la stabilité du monde entier avec ses nouveaux missiles d'une portée de 1300 km.

Avec l'échec des forces coalisées en Irak pour faire la démonstration que Saddam Hussein avait dissimulé quantité d'armes de destruction massives, diplomates occidentaux et experts militaires se montrent toutefois prudent sur la nature de la menace iranienne. Mais la tension qui monte pourrait déboucher sur une nouvelle crise. Que sait-on aujourd'hui de l'armement non conventionnel iranien? Et quel danger représente-t-il?

Le 19 juillet, le Washington Post révélait que des traces d'uranium enrichi avaient été trouvées par des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) près de la ville de Natanz où l'Iran construit une usine de traitement de l'uranium. Cette découverte est à mettre en parallèle avec les soupçons qui pèsent sur cette usine de développer une centrifugeuse capable de séparer l'uranium 235. Selon des experts cités par la BBC le 16 juin, il s'agirait de la même technologie que l'Irak voulait mettre au point pour produire l'arme atomique: 20 kg de cet uranium enrichi sont nécessaires pour fabriquer une bombe nucléaire.

L'AIEA n'a pour l'heure pas commenté cette information, précisant simplement qu'elle était «au milieu d'un processus d'inspection complexe». Des experts en armement cités par le quotidien américain évoquent par ailleurs une fabrique secrète d'enrichissement: le temps presserait pour stopper ce programme. Dans un rapport du mois de juin, l'AIEA avait critiqué l'Iran pour avoir dissimulé un achat d'uranium à la Chine au début des années 90. Bruxelles et Washington font pression pour que Téhéran signe le protocole additionnel du Traité de non-prolifération (TNP) autorisant les agents de l'AIEA d'effectuer des inspections surprises. L'Iran nie posséder de l'uranium enrichi ainsi que tout programme destiné à acquérir l'arme nucléaire.

Israël en point de mire

Dimanche dernier, le pouvoir iranien a exhibé lors d'une cérémonie retransmise par la télévision trois de ses nouveaux missiles Chahab-3 («Météore») présentés comme une arme «défensive et dissuasive». «Aujourd'hui, notre peuple et nos forces armées sont prêts à défendre leurs objectifs où que ce soit», a toutefois assuré le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei devant les Gardiens de la révolution. D'une portée de 1300 km, ces missiles sont capables d'atteindre Israël, le Pakistan ou la Turquie. Pour Tel-Aviv, la combinaison d'un tel vecteur avec une éventuelle arme nucléaire présenterait une menace pour toute la région.

Le premier essai d'un Chahab-3 remonte à 1998 et le dernier au 7 juillet. Selon des experts occidentaux cités par l'AFP, il s'agit d'une variante améliorée du missile sol-sol nord-coréen No Dong-1, capable de transporter une charge de 800 kg. Il n'est cependant pas certain qu'une charge non conventionnelle (chimique, bactériologique ou nucléaire) puisse y être fixée. Le Chahab-3 est monté sur une rampe de lancement mobile.