N'en déplaise à sa préférence pour les coulisses, Condoleezza Rice fait partie des étoiles montantes du Parti républicain. Preuve de son irrésistible ascension, c'est elle que George Bush junior, candidat républicain à la Maison-Blanche, a choisi, parmi un impressionnant panel de conseillers en relations internationales, pour défendre sa politique étrangère devant la Convention du parti mardi soir à Philadelphie. Femme, Noire, célibataire, brillante dit-on, Condoleezza Rice incarne mieux que quiconque, à part peut-être le général noir Colin Powell, la nouvelle image que veulent donner d'eux les républicains. L'image d'un parti ouvert aux idées neuves, plus jeune, plus inclusif, en un mot moins conservateur. Mais si «Condi» (pour les intimes) offre quelques contrastes avec la ligne générale du parti – elle défend l'Affirmative Action, ce programme de quotas favorisant l'accès des minorités aux universités publiques et dans la fonction publique –, elle n'est pas une iconoclaste. Au contraire, elle est un pur produit du parti, en particulier dans son domaine d'excellence: la politique étrangère. «Elle est un Brent Scowcroft (ancien conseiller à la sécurité nationale de George Bush senior) dans la peau d'une femme noire», écrit un correspondant politique.

Son discours mardi, bien que peu explicite sur le fond, rappelait les fondements de sa vision. Condooleezza Rice croit fermement à un renforcement de la puissance militaire américaine, défend bec et ongles le déploiement d'un bouclier antimissile, tout en préconisant une réduction du nombre d'ogives nucléaires, même unilatéralement si les Russes ne suivent pas. Elle accuse, à tort, l'Administration Clinton d'avoir réduit les dépenses militaires (les derniers budgets du Pentagone sont à la hausse). Elle défend surtout une politique recentrée sur les relations avec la Chine, «une puissance émergente», et la Russie, «une puissance sur le déclin», et sur le renforcement des alliances avec les alliés traditionnels de Washington, soit l'Europe, le Japon, la Corée du Sud. En revanche, elle refuse que les Américains soient «le 911 du monde» (le numéro des urgences), car elle estime que l'«intérêt national» a été bradé au profit de «l'intérêt humanitaire ou des intérêts de la communauté internationale». Inutile de dire qu'elle n'apprécie guère les interventions américaines sous l'égide des Nations unies, qu'elle voit revenir à un rôle plus traditionnel d'aide au développement social et d'interventions humanitaires d'urgence.

Née dans l'Alabama, enfant unique, Condoleezza Rice ne se destinait pas à une carrière de stratège. Pianiste virtuose, elle s'imaginait plutôt concertiste. Mais le hasard des rencontres en décidera différemment. Ironiquement, c'est le professeur Joseph Korbel, le père de l'actuelle secrétaire d'Etat Madeleine Albright, qui lui insufflera l'amour de la Russie. Elle abandonne alors les études musicales et se passionne pour l'ancienne Union soviétique et ses satellites. Démocrate dans ses jeunes années, elle change d'affiliation politique, consternée par la manière dont Jimmy Carter réagira à l'invasion russe en Afghanistan. Elle se fait alors rapidement remarquer dans les rangs républicains et est engagée comme conseillère politique par l'ex-président George Bush avant de devenir la directrice des relations avec l'URSS au sein du Conseil national pour la sécurité. A ce titre, elle participera étroitement aux entretiens Bush-Gorbatchev à la veille de l'effondrement soviétique. Aujourd'hui encore, elle ne tarit pas d'éloges pour l'ancien président russe.

A ceux qui la voient déjà présidente du Conseil national de sécurité sous un éventuel cabinet Bush, Condeleezza Rice rétorque que les spéculations ne sont pas sa tasse de thé. Elle a tout de même abandonné son poste de directrice de l'administration de la prestigieuse Université de Stanford pour conseiller le jeune Bush, qui en a apparemment bien besoin, sur les affaires du monde.