Huit mille deux cent cinquante musulmans français sont aujourd’hui considérés comme «radicalisés», contre environ 4000 en 2014: ce chiffre, tiré d’une enquête du Ministère de l’intérieur et publié par Le Figaro, témoigne de la difficulté des autorités hexagonales à endiguer la vague extrémiste et le succès des prédicateurs salafistes auprès d’une population à 70% masculine.

Les mineurs représenteraient environ 20% de ces nouvelles recrues de l’islam radical, et le départ vers la Syrie ou l’Irak continue de susciter des vocations même si les barrières mises au départ empêchent désormais les recrues potentielles de l’Etat islamique (EI) de rejoindre ses rangs. Quelque 740 nouveaux candidats français au djihad se seraient manifestés en 2015. Le nombre total de Français présents dans les rangs de l’EI est en général évalué à environ 1800, dont 600 combattants.

Les régions les plus affectées sont la grande ceinture parisienne, la région Rhône-Alpes (où cinq personnes ont été interpellées mardi), le Nord, et le pourtour méditerranéen. La plupart des signalements corroborent la présence de mosquées salafistes que le gouvernement de Manuel Valls a promis plusieurs fois de démanteler depuis les attentats du 13 novembre. Depuis cette date, quatre lieux de culte musulmans soupçonnés d’être des lieux de radicalisation ont été fermés. Le nombre des imams expulsés pour avoir «prêché la haine» n’a en revanche pas été jusque-là rendu public. Selon Le Figaro, 275 interdictions de quitter le territoire et 78 interdictions d’y entrer ont été prononcées sous l’état d’urgence.

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La confusion qui perdure en France sur l’ampleur de la radicalisation est illustrée par la controverse sur la tenue à Lille, ce dimanche, d’une rencontre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), à laquelle doit participer le Suisse Tariq Ramadan. Souvent considérée comme complaisante à l’égard des prêches extrémistes, l’UOIF – qui tiendra samedi à Paris son congrès annuel – a déprogrammé in extremis trois orateurs invités dans la métropole nordiste: un Syrien, un Marocain et un Saoudien. L’un des sujets au programme des débats de l’UOIF est la proposition gouvernementale de déchoir de leur nationalité les binationaux responsables ou complices d’actes terroristes.