L'affaire est des plus mystérieuses mais alourdit d'ores et déjà l'atmosphère autour des JO de Sydney moins de trois semaines avant leur inauguration. Selon le quotidien New-Zealand Herald, les autorités néo-zélandaises ont découvert en mars dernier un possible complot terroriste contre la ville olympique, un plan qui prévoyait l'attaque d'un réacteur de recherche nucléaire de la région et serait l'œuvre du milliardaire saoudien et ennemi public numéro un des Etats-Unis, Oussama ben Laden, aujourd'hui établi en Afghanistan. La nouvelle, confirmée samedi par des sources policières locales, fait figure de bombe… médiatique.

Retour sur les faits ou, du moins, leur relation par le New-Zealand Herald. Au mois de mars dernier, la police d'Auckland organise une perquisition dans le milieu afghan afin de démanteler un réseau de main-d'œuvre clandestine. Là, surprise: en fouillant la maison d'un groupe de réfugiés, les agents découvrent plusieurs cartes, dont une représente le réacteur nucléaire de Lucas Heights, situé dans la banlieue sud de Sydney, à 25 km du stade olympique. Plus troublant encore: toutes les voies d'accès à l'endroit sont marquées au feutre rouge! Cinq mois plus tard, les enquêteurs en concluent officiellement que l'islamiste Oussama ben Laden, déjà accusé par Washington d'avoir organisé en 1998 des attentats sanglants contre deux de ses ambassades en Afrique, est l'instigateur du complot. Et ils affirment que les personnes emprisonnées suite à leur descente appartiennent à ses réseaux.

Une partie de l'équipe olympique américaine devant loger à Blacktown, à moins de 20 km de Lucas Heights, le FBI est devenu un habitué de ce complexe militaire et scientifique. Jusqu'à présent cependant, ses inspecteurs n'y avaient rien noté d'anormal.

Une coïncidence frappe à ce stade. Ces «révélations» interviennent au moment précis où le Comité international olympique a raidi sa position à l'égard des talibans, les actuels protecteurs d'Oussama ben Laden. Après avoir reçu, début août à Lausanne, une délégation de la milice fondamentaliste, le CIO avait décidé de convier deux de ses représentants aux JO de Sydney en tant qu'observateurs, l'ancien Comité olympique afghan ne contrôlant plus les activités sportives du pays. Or, les autorités de Kaboul avaient aussitôt interprété ce geste comme une reconnaissance de leur régime, ce qui vient d'amener le CIO, selon le quotidien de Sydney The Australian, à retirer son invitation.

Les autorités australiennes, qui n'ont officiellement été prévenues de l'enquête néo-zélandaise que vendredi soir, ne semblent pas effrayées par le danger ben Laden. Le procureur général a déclaré que cette découverte ne constituait pas une réelle menace pour la sécurité du pays, et demandé à la population de garder son calme. Mais cette attitude n'apaise en rien les craintes des habitants des banlieues voisines de Lucas Heights. D'autant que le gouvernement n'envisage pas de fermer le réacteur pendant la durée des JO, ce qui n'a pas manqué d'ouvrir une polémique. Plusieurs hommes politiques ont déclaré qu'en laissant faire Canberra mettrait délibérément la vie des Australiens et des touristes en péril. Ils ont donc invité les autorités locales à suivre la voie tracée par les Américains en 1996: pour éviter tout risque, les réacteurs nucléaires proches d'Atlanta avaient été arrêtés.

Le SOCOG, le comité d'organisation des Jeux olympiques, lui, n'a pas pris position. Ses responsables estiment, en effet, que de telles décisions n'incombent qu'au gouvernement. Mais son président, Michael Knight, qui est également ministre des Jeux olympiques, avait récemment fait part de son appréhension quant à une éventuelle action terroriste. Comme tout organisateur, il craint que la formidable estrade médiatique que représente un événement sportif mondial ne soit mise à profit par des groupes terroristes.

L'alerte est cependant sérieuse. Un attentat gâcherait non seulement la fête olympique mais entraverait pour très longtemps le retour des touristes en Australie. Les sept années de travail, qui ont suivi le 23 septembre 1993, jour de l'annonce de la victoire de Sydney pour l'organisation des JO 2000, seraient alors définitivement perdues. Michael Knight a donc prévu que 500 policiers déambuleraient chaque jour dans le village olympique, en plus des 11 500 volontaires et policiers de l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud qui surveilleront les compétitions. Personne n'a oublié l'explosion d'une bombe aux JO d'Atlanta il y a quatre ans et surtout la prise d'otages meurtrière des Jeux de Munich en 1968.