Diplomatie

L’isolement du président américain au Conseil de sécurité

Donald Trump a présidé mercredi une session du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée aux armes de destruction massive. Il en a surtout profité pour attaquer l’Iran

C’est un Donald Trump isolé qui a présidé mercredi une session du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée aux armes de destruction massive ainsi qu’à l’Iran. C’est la troisième fois qu’un président américain (deux fois Obama) se charge de diriger les débats d’une telle institution. Il a réitéré ses diatribes contre le régime iranien qui «exporte la violence, le terrorisme et s’adonne à la prolifération de missiles à travers tout le Moyen-Orient».

Fausse information

Déformant les fondements du Plan d’action global commun (PAGC), Donald Trump a relevé que l’accord sur le programme nucléaire iranien était unilatéral, qu’il permettait à Téhéran de poursuivre son chemin vers la fabrication de la bombe et qu’il a permis à l’Iran, qui avait de graves difficultés économiques, de relancer la construction d’armes nucléaires. Or ces faits sont erronés. L’Agence internationale de l’énergie atomique a répété à travers 12 rapports que Téhéran respectait ses obligations dans le cadre du PAGC.

Dans son plaidoyer en début de séance, le locataire de la Maison-Blanche a, par ailleurs, souligné que les Etats-Unis allaient déployer le deuxième volet de nouvelles sanctions à partir du 4 novembre, cette fois contre les exportations de pétrole iranien. Il a surtout mis en garde les Etats qui ne se conformeraient pas aux sanctions américaines qui ont de fait des effets extraterritoriaux. Le président américain faisait allusion à la volonté de Bruxelles de protéger les sociétés européennes qui souhaitent continuer à commercer avec l’Iran par le biais d’un mécanisme de troc.

Le président français, Emmanuel Macron, a pris le parfait contre-pied de son homologue américain, relevant que seule une approche multilatérale permettra de maintenir en place un régime de non-prolifération nucléaire fortement fragilisé. Il a souligné l’unité du Conseil de sécurité quand il s’est agi de la Corée du Nord qu’il voit cependant toujours, contrairement à Donald Trump, comme une menace. Emmanuel Macron appelle d’ailleurs à un démantèlement complet, vérifiable et irréversible de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.

Stratégie de long terme

Dans une discussion où les invectives entre Américains, Russes, Britanniques étaient à peine voilées, le chef de l’Elysée a tout de même fait un pas en direction de Donald Trump en admettant qu’à terme il fallait aller au-delà du PAGC. «Je suis d’accord avec la finalité, mais pas avec la méthode (de Trump). Il faut une stratégie à long terme», a-t-il déclaré. On ne peut pas, a-t-il ajouté, se contenter d’une politique de containment et de sanctions. C’est pourquoi il a jugé nécessaire de négocier avec Téhéran l’après-PAGC qui expire à partir de 2025, mais aussi l’encadrement des activités balistiques de l’Iran qui ne font pas partie de l’accord. Il a aussi insisté pour intégrer dans de futures discussions le rôle déstabilisateur de l’Iran au Moyen-Orient, en Syrie et au Yémen, en particulier.

Pour Emmanuel Macron, chaque fois que l’unité de la communauté internationale et a fortiori du Conseil de sécurité a été brisée, cela s’est fait «au détriment de nos principes». La première ministre britannique, Theresa May, a elle aussi réitéré son soutien à l’accord nucléaire de 2015 négocié en grande partie à Genève et à Lausanne et conclu à Vienne. Elle somme, elle aussi, Téhéran d’arrêter de livrer des missiles au Hezbollah libanais et aux houthis au Yémen.

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