Sale temps pour les expatriés en Arabie saoudite. Mardi, c'est un Américain qui a été abattu par des inconnus dans la capitale, Riyad, ce qui porte à 29 le nombre de ressortissants étrangers assassinés dans le royaume depuis le 1er mai. L'homme, dont l'identité n'a pas été rendue publique, travaillait pour Vinnel Corp., la société américaine prestataire de service dans le domaine de la défense et de la sécurité. Sept de ses employés figurent d'ailleurs parmi les victimes de la prise d'otage qui s'est déroulée le 29 mai dans la ville de Khobar, dans l'est du pays.

L'Américain a été attaqué par des inconnus non loin du quartier résidentiel où un ressortissant allemand travaillant pour le compte de la compagnie aérienne Saudi Arabia Airlines avait été tué par balles le 22 mai. Dimanche, un cameraman de la BBC, l'Irlandais Simon Cumbers, avait été tué et son confrère, le journaliste Frank Gardner, sérieusement blessé dans une attaque armée dans le quartier Al-Souwaïdi, dans le sud de la capitale. Le ressortissant américain tué hier a très vraisemblablement été pris pour cible par des militants islamistes de la mouvance Al-Qaida, qui ont décidé de «nettoyer la péninsule Arabique des mécréants» qu'ils accusent de «souiller» les lieux saints musulmans, La Mecque et Médine.

Dans un communiqué attribué à Al-Qaida et diffusé lundi sur un site internet islamiste, le réseau d'Oussama Ben Laden menace même de rééditer sur le sol saoudien des attentats de l'ampleur de ceux du 11 septembre 2001. Les auteurs du texte menacent de s'attaquer aux compagnies aériennes occidentales opérant dans le royaume. «Les enceintes (d'habitation), les bases et les moyens de transport, en particulier les compagnies aériennes occidentales et américaines, des Croisés seront la cible directe de nos prochaines opérations», avertit le communiqué signé «Al-Qaida dans la péninsule Arabique».

Chute des Saoud?

Ce dernier assassinat ne peut qu'accentuer les inquiétudes sur l'issue du bras de fer engagé depuis une année entre les islamistes et le pouvoir saoudien. Richard Clarke, l'ancien chef du contre-terrorisme à la Maison-Blanche, s'inquiétait lundi que l'Arabie saoudite ne connaisse le sort de l'Iran du shah. «La situation du régime saoudien est un problème extrêmement important auquel nous aurions dû accorder plus d'attention qu'à celui, par exemple, de l'Irak», a affirmé l'auteur d'un ouvrage récent (Against All Enemies), dans lequel il affirmait que l'administration Bush était restée indifférente aux mises en garde qui s'étaient multipliées, à l'été 2001, au sujet de projets d'attentats contre les Etats-Unis. «Et je ne suis pas seul dans ce cas, a-t-il dit. Je pense que le vice-président (Dick) Cheney, bien qu'il ne l'ait jamais dit publiquement, est très inquiet que la maison des Saoud puisse tomber.»