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De gauche à droite, Matteo Salvini, vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, Giuseppe Conte, premier ministre, et Luigi Di Maio, vice-premier ministre et ministre du Développement économique.

Populisme

L’Italie accouche d’un gouvernement anti-système

Le nouveau gouvernement italien a prêté serment vendredi, trois mois après les élections législatives. Les dirigeants du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue ont fini par trouver un compromis avec le président Sergio Mattarella

Le nouveau gouvernement italien, mené par le premier ministre Giuseppe Conte, a prêté serment devant le président de la République Sergio Mattarella vendredi après-midi. Les signatures du président du Conseil et de ses 18 ministres ont ainsi mis fin à 88 jours de crises, de rebondissements et de résolutions imprévisibles et inattendues. L’Europe occidentale voit ainsi naître «son» premier gouvernement anti-système, une équipe menée par le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue.

L’avocat et professeur de droit Giuseppe Conte, un inconnu il y a encore dix jours, doit maintenant mettre en œuvre le «contrat pour le gouvernement du changement» paraphé par Luigi Di Maio, le chef politique des 5 étoiles, et Matteo Salvini, le secrétaire fédéral du parti d’extrême droite. Artisans également de l’équipe gouvernementale validée par le chef de l’Etat mercredi, les deux hommes deviennent non seulement ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales pour le premier, ministre de l’Intérieur pour le second, mais aussi vice-présidents du Conseil.

Crise politique et institutionnelle sans précédent

«Je le confesse, les amis, je suis ému et heureux», écrit le chef de la Lega, partageant sur les réseaux sociaux un selfie pris au palais du Quirinal, siège de la présidence, quelques minutes avant de prêter serment. Un même large sourire, sur une autre photographie, fend le visage de Luigi Di Maio, impatient d’être «au service» des Italiens. Leurs formations réunissent à elles seules plus de la moitié des élus nationaux, après avoir remporté près d’un vote sur deux lors du scrutin du 4 mars. Le vote de confiance du parlement, dernier obstacle à l’exercice du pouvoir de leur exécutif hybride, devrait être obtenu sans difficulté.

Mais cette joie cache des heures de crise politique et institutionnelle sans précédent. Il y a seulement cinq jours, les Italiens pensaient devoir se rendre à nouveau aux urnes après l’été. Dimanche 27 mai, l’accord de gouvernement anti-système avait buté sur le nom de Paolo Savona, un économiste de 81 ans choisi pour devenir ministre de l’Economie mais dont les positions eurosceptiques dérangeaient le président de la République.

Lire aussi notre éditorial: Italie: le risque de l’effet boomerang

Opposition frontale

Le chef de l’Etat attendait une autre proposition de Luigi Di Maio et de Matteo Salvini. Le chef de l’Etat a même fait comprendre qu’il accepterait au poste clé de l’Economie le bras droit du secrétaire de la Ligue. Mais ses deux interlocuteurs ont choisi dans un premier temps l’opposition frontale, une confrontation inédite à ce niveau de l’Etat. Le président s’est vu menacé d’impeachment par le M5S, tout en étant accusé de trahir le vote populaire par l’extrême droite. Les positions se polarisaient entre l’attaque et la défense de Sergio Mattarella.

La campagne électorale ainsi lancée, elle s’annonçait âpre. Les deux leaders programmaient des meetings dans toute l’Italie. Leurs discours s’en prenaient aux institutions, en défense de la République, de la Constitution et de l’intérêt des Italiens. Mais la question de fond, celle qui avait crispé le président, était à peine effleurée: l’Italie des 5 étoiles et de la Ligue comptait-elle rester au sein de l’union monétaire?

Enième rebondissement

Le candidat ministre de l’Economie, Paolo Savona, incarnait cette question sans y répondre. Cet ancien ministre du gouvernement Ciampi, au milieu des années 90, défend une sortie de l’euro tout en prônant une «Europe différente, plus forte, mais équitable». Luigi Di Maio répétait à qui voulait l’entendre que la sortie de l’euro n’était pas inscrite dans le contrat de gouvernement avec la Ligue. Mais le doute sur ses réelles intentions n’était pas levé.

Puis, en début de semaine, dans un énième rebondissement dont seule la politique italienne a le secret, le mouvement étoilé a commencé à faire pression sur Matteo Salvini alors intransigeant sur le choix du ministre, puis directement sur Paolo Savona. Il a proposé que ce dernier se retire de lui-même. «Le thème n’est pas Savona en soi, mais une personne avec ses caractéristiques, ses capacités, qui puisse aller en Europe pour [re] négocier le pacte budgétaire, certains traités, et de manière efficace», a lancé mercredi Luigi Di Maio en direct dans une vidéo sur Facebook, son moyen de communication privilégié. Quelques heures plus tard, un nouvel accord entre son parti et la Lega était trouvé.

Lire également: La crise italienne ne devrait pas s'étendre à la zone euro, mais rester nationale

Le ministre de l’Economie sera Giovanni Tria, un professeur de 69 ans proche de la droite berlusconienne. Ses positions sur la monnaie unique sont critiques, mais il s’oppose à la sortie italienne de l’euro. Pour encadrer encore un peu plus les engagements européens de l’Italie, Enzo Moavero Milanesi, qui s’occupait des Affaires européennes au sein des gouvernements Mario Monti et Enrico Letta, a été choisi comme ministre des Affaires étrangères. Son lointain successeur aux Affaires européennes, dans l’exécutif de Giuseppe Conte, est Paolo Savona, la pomme de discorde entre les forces anti-système et le président de la République.

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