Migrations

L'Italie autorise l'Ocean Viking à débarquer à Lampedusa

L'Ocean Viking a été autorisé par l'Italie à accoster sur l'île de Lampedusa, a annoncé samedi SOS Méditerranée qui affrète ce navire humanitaire. Il a débarqué 82 migrants secourus en mer

Le feu vert de Rome intervient peu après l'entrée en fonction du nouveau gouvernement de Giuseppe Conte dont est absent Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur sortant qui s'était farouchement opposé au débarquement des navires humanitaires sur les côtes italiennes.

Selon des précisions à l'AFP du ministère de l'Intérieur français, les 82 migrants qui débarqueront à Lampedusa seront ensuite répartis dans cinq pays européens, Italie, France, Allemagne, Portugal, Luxembourg, aux termes d'un accord ad hoc.

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L'Ocean Viking a succédé à l'Aquarius. Le navire effectuait sa deuxième mission en Méditerranée et naviguait depuis près de deux semaines entre l'Italie et Malte en attente d'un port sûr pour débarquer les migrants à son bord. Parmi eux, Médecins sans frontières, qui opère également ce navire, a recensé 58 hommes, 6 femmes, 17 mineurs et un enfant de 1 an.

Ce feu vert intervient quelques jours après l'entrée en fonctions du nouveau gouvernement italien dont est absent Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) et ministre de l'Intérieur sortant qui avait fermé les ports italiens aux navires de secours.

«Un accord ad hoc européen avec l'Italie, la France, l'Allemagne, le Portugal et le Luxembourg a été trouvé pour permettre le débarquement à Lampedusa des 82 personnes à bord de l' #OceanViking», a tweeté le ministre français de l'Intérieur Christophe Castaner. «Il nous faut maintenant nous entendre sur un véritable mécanisme temporaire européen», a poursuivi M. Castaner, soulignant qu'une réunion ministérielle était prévue à Malte le 23 septembre «en vue d'un accord à Luxembourg, début octobre.»

Selon le quotidien La Repubblica, la France et l'Allemagne accepteraient d'accueillir chacune 25% des migrants secourus, l'Italie en accueillant 10%, une proportion similaire à celle du mécanisme à l'étude.

«Camp de réfugiés de l'Europe»

«Et voilà, les ports ouverts sans limites», a tweeté M. Salvini. «Le nouveau gouvernement rouvre les ports, l'Italie redevient le camp de réfugiés de l'Europe», a-t-il poursuivi, fustigeant des ministres «qui haïssent les Italiens.»

L'Ocean Viking, qui a succédé à l'Aquarius, effectuait sa deuxième mission en Méditerranée entamée le 2 septembre. Il a secouru 50 migrants le 8 septembre dans les eaux internationales au large de la Libye, puis 34 autres transbordés depuis un voilier, le Josefa. Depuis, il naviguait entre l'Italie et Malte en attente d'un port sûr.

Parmi les migrants à bord, MSF a recensé 58 hommes, 6 femmes, 17 mineurs et un enfant âgé d'un an. «Ils disent à nos médecins que leur peau a été brûlée par du plastique fondu et qu'ils ont été battus avec des barres de bois ou de métal», selon MSF évoquant ces migrants partis de Libye. «Beaucoup ont des blessures psychologiques et des traumatismes.»

A l'issue de sa première expédition fin août, l'Ocean Viking avait recueilli 356 migrants, qui ont pu débarquer à Malte. La France s'est engagée à en recueillir 150.

Le ministre italien des Affaires étrangères et chef du M5S, Luigi Di Maio, a déclaré à la télévision que «le port sûr avait été proposé parce que l'Union européenne a accepté notre demande de prendre la plupart des migrants».

Pénalités financières

La négociation d'un mécanisme temporaire de «répartition automatique» en Europe des migrants secourus en Méditerranée a été confirmée jeudi par une source diplomatique à Bruxelles. Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a présenté le projet mercredi à Bruxelles.

Ce mécanisme impliquerait la France et l'Allemagne, qui y seraient favorables, ainsi que l'Espagne, le Luxembourg, la Roumanie, le Portugal et Malte, ont affirmé jeudi les journaux italiens Repubblica et La Stampa.

M. Conte a évoqué de «possibles pénalités financières» pour les pays européens refusant l'accueil de migrants, allusion au quatre pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie).

Le projet devrait être discuté mercredi prochain lors d'une rencontre à Rome entre M. Conte et le président français Emmanuel Macron, puis de façon plus détaillée le 23 septembre à Malte par les ministres de l'Intérieur de divers pays dont la France, l'Allemagne, Malte et la Finlande, et des représentants de la Commission européenne.

«Douloureux processus»

Le ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer, a confirmé que l'Allemagne prendrait 25% des migrants secourus arrivant en Italie. «Ce ne serait pas trop pour notre politique de l'immigration», a-t-il déclaré samedi au quotidien Sueddeutsche Zeitung, estimant qu'il était temps de mettre un terme au «douloureux processus» de négociations autour de chaque navire. Certains des navires d'ONG ont dû attendre plusieurs semaines en mer.

Le projet serait temporaire, dans l'attente de la renégociation, réclamée par Rome, du règlement européen de Dublin qui confie le traitement des demandes d'asile au pays d'arrivée.

M. Salvini a provoqué le 8 août la chute du gouvernement en réclamant des élections anticipées à l'automne mais se retrouve dans l'opposition. Le nouveau gouvernement regroupe le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), son ancien allié, et le Parti démocrate (centre gauche) et M. Salvini a été remplacé à l'Intérieur par la préfète Luciana Lamorgese, «technicienne» sans étiquette politique et qui connaît bien ce sujet.

Selon un rapport officiel publié mi-août, 8691 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes sur les 12 mois précédents, en baisse de 80% sur un an.

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